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« J’ai appris à être moins directif »

Denis et Catherine Rautureau, éleveurs de porcs en Vendée, ont suivi deux formations en management à la suite de tensions sur la ferme. Le point sur leurs façons de se comporter, avant et après avoir été formés.

À 57 et 44 ans, Denis et Catherine Rautureau sont naisseurs-engraisseurs au Tallud-Sainte-Gemme, en Vendée : ils élèvent 250 truies et disposent de 2 500 places d’engraissement, sur deux sites situés à six km de distance. « La maternité, le sevrage, l’engraissement et l’alimentation des porcs : nous faisons tout de A à Z », précise Denis qui, cependant, depuis peu, ose un peu souffler sur la ferme. Car l’équipe est enfin au complet : avec leurs trois salariés depuis moins de trois ans, le couple s’apprête, en plus, à accueillir une stagiaire en alternance. Un collectif dont ils mesurent la valeur, après avoir connu quelques années de turbulences.

Jusqu’ici tout va bien

C’est à la suite de l’installation de l’un de leurs salariés que les difficultés ont commencé. « Nous avons connu une époque durant laquelle nous avons été très heureux. Nous avions deux salariés : l’un en sevrage et à l’engraissement, et l’autre qui s’occupaient des truies et des naissages. Les deux se complétaient parfaitement. Nous partagions tous la même vision et les mêmes idées », se souvient Denis. Puis l’un d’eux s’est installé à son compte.

Catherine et Denis Rautureau sont naisseurs-engraisseurs : ils élèvent 250 truies. © R. Aries/GFA

Puis vint le besoin de recruter

« Ensuite, nous avons vu passer beaucoup de personnes sur la ferme : des cousins, des voisins, etc., poursuit Catherine. La plupart ont fini par s’installer, et pour certains, ça n’était pas leur truc tout simplement. » Le bouche-à-oreille ayant atteint ses limites, Catherine et Denis déposent une offre sur des sites d’emploi. Et c’est comme ça que Martin (1) se présente un jour à la ferme qui a pour salarié alors, Jean-Pierre : « Il travaillait pour nous depuis une dizaine d’années. C’est quelqu’un en qui nous avions totalement confiance. Mais comme il s’apprêtait à partir à la retraite, nous avons engagé Martin, en CDI, en 2013, pour assurer ainsi la transition. »

Les époux Rautureau disposent de 2 500 places d’engraissement, sur deux sites, situés à six km de distance. © R. Aries/GFA

L’arrivée de Martin

« Il était bon, se souvient Denis. Mais pour la première fois de ma vie d’employeur, ça n’a pas du tout marché. » Ce fut même souvent et très rapidement « explosif » entre les deux hommes. « Il avait des soucis personnels, et on ne s’entendait pas du tout. En réalité, j’ai bien conscience aujourd’hui d’avoir une grande part de responsabilité dans ce qui s’est passé », explique l’éleveur. Martin et Denis ne partagent pas les mêmes idées, ils ont des caractères, « au fond similaires », reconnaît après coup l’exploitant. « Au lieu de bien le diriger, d’être à l’écoute ou encore de bien définir ses tâches, j’étais direct et maladroit : “Fais comme je dis, et ensuite on discutera.” De son côté, il me disait toujours  non. Je ne savais plus comment faire. »

Les mauvais choix

Face aux difficultés, Catherine et Denis décident de confier la gestion du nouveau à Jean-Pierre, leur salarié déjà en place. Mais s’il est un bon employé, il n’est pas fait pour commander. « Jean-Pierre ne savait comment s’y prendre, alors il s’est fermé au fur et à mesure et n’a plus fait son boulot comme avant. Martin ne voulait pas l’écouter, on voyait que ça le rendait mal. » Bref, « on a fait comme on pouvait, et ça a été une catastrophe », résume Catherine. Les relations entre Denis et Martin ont vite dégénéré. « Du jour au lendemain, Martin, qui nous disait souffrir d’un manque de reconnaissance, est parti. Ensuite, on a vécu un an très dur, avec un seul salarié. »

La ferme familiale de la Jaronnière fait du porc depuis 1966. © R. Aries/GFA

Se former au management

Le couple Rautureau décide sur les conseils de son groupement, la Cooperl Arc Atlantique, de se former au management. Ils suivent une formation en 2014, avec Nona Barazer de Sodimedia. La formation s’est déroulée sur deux jours à Bressuire, dans les Deux-Sèvres, en présence d’une dizaine d’exploitants, dont un salarié, chef d’élevage. « Nous avons beaucoup échangé avec les autres exploitants, décrit Catherine. Et d’apprendre que pour certains, ça n’était pas leur première formation, ça nous a soulagés. Nous nous sommes s’est sentis moins seuls. Le sujet est quand même très tabou. Nous mettions clairement en évidence qu’on avait un souci, et cela n’est pas simple. »

Le nouveau collectif marche désormais dans le même sens : Frédéric, Noémie, et les époux Rautureau sur la ferme de la Jaronnière. © R. Aries/GFA

« J’étais bloqué sur mes idées »

« Les mises en situation m’ont beaucoup plu, poursuit Denis. Elles m’ont permis plusieurs prises de conscience. J’avais notamment des difficultés évidentes avec les plus jeunes. Nous ne partagions pas les mêmes idées, je restais bloqué sur les miennes, et je ne rendais pas la discussion possible, parce que c’était moi le chef… Cela donnait lieu à des confrontations énormes. » Lors de la formation, des jeunes exploitants ont également souligné ces divergences générationnelles et leurs difficultés à s’imposer face à des personnes plus âgées. « Ça n’est pas évident de dire tout ça, c’est un peu gênant même au départ, raconte Denis. Mais il faut avoir à l’esprit d’avancer, de changer. Vous n’avez pas le choix si vous voulez que vos employés restent. »

Faire autorité

« La formation nous a aidés aussi à mieux comprendre nos salariés, poursuit l’exploitant et donc à savoir réagir face à eux. Face à une provocation par exemple : c’est bien souvent, pour un salarié, une façon de se protéger. Aujourd’hui, j’ai pris du recul. Je mets un peu plus les formes. Globalement, les salariés sentent qu’ils peuvent me parler. Je les laisse plus autonomes, mais ils doivent aussi comprendre que je vais continuer à regarder ce qu’ils font, c’est important. »

Denis a appris à utiliser son autorité de manager, sans pour autant être perçu comme autoritaire : « Quand j’avais le sentiment de leur donner un coup de main, eux pensaient que je leur disais qu’ils ne savaient pas faire. » La formation les a tous les deux aidés à mieux trouver leur place au sein du collectif et à mieux définir celles de leurs salariés, qui sont désormais au nombre de trois sur la ferme.

Catherine Rautureau et Noémie travaillent ensemble à la maternité. © R. Aries/GFA

Piqûre de rappel

Fort de leur nouvelle équipe, le couple a rempilé en octobre 2017 en participant à une deuxième formation de Sodimedia, qui leur a permis d’aller plus loin encore. Ils ont notamment appris à mieux définir les postes, à mener des entretiens individuels. Ils ont aussi travaillé sur le recrutement, sur les façons de fidéliser leurs salariés.

« Aujourd’hui, le travail en lui-même est moins usant que la gestion de l’humain, ajoute Catherine. La gestion du personnel est même un facteur souvent limitant sur l’exploitation. C’est pour ça que nous avons pris le temps de nous former. Nous prenons désormais le temps aussi d’échanger avec nos salariés, au-delà des techniques ou de l’organisation, sur leur ressenti. C’est très important. »

Financées par Vivea, les deux formations ont été gratuites pour Catherine et Denis.

Rosanne Aries

(1) Son prénom a été changé.

L’équipe de La Jaronnière
De gauche à droite : Denis, Frédéric, Stéphane, Catherine et Noémie. © R. Aries/GFA

La ferme de la Jaronnière est divisée en deux sociétés : l’EARL Rautureau affectée à la culture et la société SAS Pig-jaro consacrée aux porcs.

Catherine, éleveuse, 44 ans : elle s’occupe des maternités, de l’administratif et de la gestion des employés.

Denis, éleveur, 57 ans : il se qualifie facilement de « bouche-trou », tandis que Catherine l’appelle « le mentor », ou encore « l’homme à tout faire ». Dans la réalité, grâce à son expérience, il est capable de réaliser toutes les tâches. Il supervise chaque poste.

Stéphane, salarié, 43 ans : il fait un plein-temps (35 heures) sur l’EARL et 8 heures sur la SAS Pig-jaro. En CDI depuis neuf ans chez les Rautureau, Stéphane a travaillé dans les travaux publics, pour des ETA agricoles, en porcherie, en bovin, etc. Il a également travaillé pour des céréaliers dans la Beauce. Ses parents étaient agriculteurs.

Noémie, salariée, 23 ans : elle fait 39 heures sur la SAS Pig-jaro. Après une année d’apprentissage pour obtenir un CS en porc, Noémie est engagée depuis deux ans en CDI sur la ferme. Originaire du Nord, elle n’est pas du tout issue du milieu agricole. Mais passionnée de cheval, elle a suivi un BTS en productions animales, elle s’est vite rendu compte cependant qu’il n’y avait pas de débouchés. « Dès lors que nous avons commencé à rechercher des salariés, nous avons reçu plusieurs filles, raconte Denis. Elles étaient toutes issues d’une formation dans le domaine du cheval, elles décidaient de s’orienter vers le porc, parce que la demande y était importante. »

Frédéric, salarié, 25 ans : Frédéric est à l’inverse à 35 heures sur la SAS et il a 8 heures sur l’EARL. Il a fait son CS en porc sur une autre exploitation que celle de Rautureau où il pensait s’installer. Pour plusieurs raisons, le projet n’a pu être mené à son terme. Raison pour laquelle, Catherine et Denis l’ont pris chez eux. Il est au poste de sevrage, de l’engraissement et de l’alimentation. « Il bricole beaucoup en plus », ajoute Denis.

Le couple vient par ailleurs de recruter une stagiaire, en alternance.

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