Imprimer Envoyer par mail

Une saison à Ouarville

La saison des pommes de terre réunit chaque été une trentaine de saisonniers sur le site de production de Jean-Michel Dubief et d’Hervé Mardelet, à Ouarville. © DR

La majorité de leurs saisonniers reviennent d’une année sur l’autre : Jean-Michel Dubief et Hervé Mardelet ont leur méthode pour motiver trieurs et chauffeurs à se réengager chaque été à Ouarville, dans l’Eure-et-Loir, pour une nouvelle saison de pommes de terre.

Jean-Michel Dubief, polyculteur et producteur de pommes de terre dans l’Eure-et-Loir, se défend de tout programme pour fidéliser ses saisonniers. Mais à l’arrivée, l’équipe parle pour lui : parmi les vingt-quatre trieurs et cinq chauffeurs appelés chaque année, du 1er août au 20 septembre, ils sont une majorité à rempiler. Leur méthode ? Jean-Michel Dubief et son associé, Hervé Mardelet, se sont donnés pour ambition « de faire d’une saison de pommes de terre, une fête pareille aux vendanges, explique le premier. C’est un boulot très dur, et pourtant tout le monde en parle avec nostalgie. C’est ce que nous voulons aussi chez nous ». Et les deux hommes, qui produisent ensemble une vingtaine de variétés de pommes de terre depuis plus de vingt ans, ne sont jamais à court d’idées pour relever le défi.

Jean-Michel Dubief et Hervé Mardelet produisent ensemble depuis vingt ans des pommes de terre sur 230 ha. © Cédric Faimali/GFA

Revue des effectifs

Dans les rangs des saisonniers, les deux exploitants comptent tout d’abord vingt-quatre trieurs, répartis en deux équipes de douze : les uns travaillent le matin et les autres, l’après-midi. « Le tri n’exige pas de compétence particulière, indique Jean-Michel Dubief. En revanche, il réclame d’être solidaire et courageux ». Les trieurs sont exclusivement des jeunes des communes alentour, parfois même très jeunes, puisqu’ils sont en mesure d’être recrutés dès l’âge de 14 ans. « C’est rare cependant, ils sont le plus souvent âgés d’au moins 16 ans. »

Le site de production de pommes de terre de Jean-Michel Dubief et Hervé Mardelet accueille chaque été une trentaine de saisonniers. © Cédric Faimali/GFA

Aux côtés des trieurs, les cinq chauffeurs, plus âgés, sont aussi plus aguerris. « C’est un job qui nécessite des compétences et une spécialisation, puisqu’on leur demande de conduire un tracteur spécifique. » Ils disposent en général d’une première expérience de conduite. Ceux-là sont un peu plus difficiles à trouver, souligne l’exploitant. « Ils viennent d’un périmètre géographique beaucoup plus large que celle des trieurs, ils sont plus rares. C’est pourquoi nous les logeons. » Fils d’agriculteurs ou étudiants, les chauffeurs sont aussi parfois d’anciens trieurs, « dont le potentiel nous a marqués, et nous avons pris alors le temps de les former ».

Cinq chauffeurs viennent compléter les rangs des saisonniers. Déchargement d’un palox de pommes de terre dans une benne. © Cédric Faimali/GFA

Clé 1 : un travail d’équipe

Les trieurs réalisent en général une première saison à 16 ans et reviennent chaque été jusqu’à leurs 18 ans : « L’ambiance est jeune, c’est leur première expérience. Ils découvrent le monde du travail, et ça se passe en général très bien. » En début de saison, un temps d’accueil leur est organisé : il dure environ une heure, et permet aux deux employeurs d’à la fois expliquer leur poste, les consignes de sécurité « et le principe du travail à la chaîne, ajoute l’agriculteur. Si l’un d’eux ne travaille pas, il pénalise tous les autres ».

Jean-Michel Dubief et Hervé Mardelet produisent au total une vingtaine de variétés (sur la photo : pommes de terre Anoë). © Cédric Faimali/GFA

Clé 2 : de la souplesse

Deux équipes de trieurs sont mises en place : l’une opère de 7h30 à 13h00 le matin, et l’autre de 14h00 à 20h30. « Ce qui signifie qu’ils ont une demi-journée pour se reposer chaque jour. Nous permutons les équipes d’une semaine sur l’autre. Et surtout, nous sommes complètement ouverts en cas de rendez-vous ou de leçons de conduite par exemple. Nous nous arrangeons pour que la personne qui nous le demande change d’équipe. Nous sommes très souples, à partir du moment que les gens sont sérieux. »

Clé 3 : de la convivialité

Un quart d’heure de pause est accordé toutes les deux heures environ aux trieurs. « Ils disposent d’eau, de café et de cake. C’est un moment souvent apprécié, mais aussi nécessaire, parce que le travail est dur. Nous nous arrangeons, Hervé ou moi, pour y être, pour échanger avec eux. » Le samedi est un jour spécial : l’équipe du matin a droit aux croissants, et l’équipe du soir, à l’apéritif. Et souvent ceux du matin rejoignent alors ceux du soir.

« Le samedi, nous partageons ce temps de convivialité avec eux. Nous parlons de tout et de n’importe quoi, parfois nous faisons des petits bilans. » Le dimanche n’est pas travaillé.

Les trieurs font une pause durant environ un quart d’heure toutes les deux heures. © DR

Clé 4 : des logements

Les cinq chauffeurs qui rejoignent les trieurs le samedi soir, disposent quant à eux d’un logement. Jean-Michel Dubief a aménagé deux mobile-homes sur son exploitation, avec la climatisation. « Nous avons deux pièces avec des couchages, où nous pouvons loger quatre personnes. Ils disposent d’une pièce de vie en plus et d’une salle de bain ». Hervé Mardelé peut loger, de son côté, jusqu’à deux personnes sur sa ferme.

Clé 5 : des heures sup’

Si les trieurs ne font quasiment pas d’heures supplémentaires, les chauffeurs en font beaucoup. « Ils sont demandeurs, précise Jean-Michel. Comme ils sont logés sur place, souvent loin de leur famille, ils veulent avant tout “faire des heures et de l’argent”. Ils ne veulent surtout pas rester dans le mobile-home à ne rien faire. Ce qui leur fait de bons salaires en général à la fin. »

Le site de production de pommes de terre de Jean-Michel Dubief et Hervé Mardelet, à Ouarville, se rénove. Les saisonniers officieront en août dans des bâtiments neufs. © Cédric Faimali/GFA

La performance pour finalité

Jean-Michel et Hervé n’ont pas l’obsession de la saison prochaine : « Nous avons envie que cela se passe bien, que tous travaillent et s’amusent aussi un peu sur l’exploitation Nous avons le souci de maintenir cette convivialité qui contribue par ailleurs à délivrer des messages positifs sur l’entreprise et le métier. Tout le monde est satisfait. Quand il y a une bonne ambiance, c’est aussi bon pour la performance de l’exploitation. »

Jean-Michel et Hervé viennent de lancer les recrutements pour la prochaine saison. Ils privilégient ceux qui ont déjà fait un été, puis compléteront l’équipe au fur et à mesure. Celles des trieurs devraient être rapidement fournies. Pour les chauffeurs, Jean-Michel a déposé au début d’avril une annonce sur Jobagri, « avec cette mention “essentielle”, précise-t-il : aimer le travail en équipe ».

Rosanne Aries
Six permanents en plus
De gauche à droite : Nicolas (28 ans), François (22 ans) et Stéphane (41 ans), trois des six permanents employés par le groupement d’employeurs. © Cédric Faimali/GFA

Si pour la production de pommes de terre, Jean-Michel Dubief est associé à Hervé Mardelé, les deux agriculteurs ont constitué par ailleurs, avec deux autres collègues, un groupement d’employeurs qui comptent au total six permanents en CDI, pour leur activité de polyculture.

Le partage des risques

Sur les six permanents, quatre sont affectés, pour deux tiers de leur temps, aux fermes respectives des quatre membres du groupement. « Et dans les moments particuliers, ce petit collectif permet d’avoir une force de frappe plus importante », explique Jean-Michel Dubief. Tous ont été formés aux règles de sécurité de chaque exploitation. « Des exploitations bloquent leur développement pour ne pas embaucher parce que ça leur fait peur. Mais une fois que l’on a passé ce cap, l’on se rend compte que la confiance qui est donnée aux salariés est renvoyée au centuple. Les salariés se connaissent, ils travaillent ensemble : cela crée des liens, un élan, une dynamique très appréciables. En cas de pépin, il y a toujours quelqu’un pour vous aider. »

Imprimer Envoyer par mail

Calendrier La France Agricole Employeur


VOS
RENDEZ-VOUS
EMPLOI

Salon agricole de Montauban
Organisé par : la ville de Montauban et Pôle emploi

Salon Med’Agri (stand Apecita)
Organisé par : Chambre d'agriculture PACA

Espace emploi – Salon Agrimax
Organisé par : l’Apecita