Quels sont les métiers nouveaux qui émergent au sein des groupements d’employeurs ?

Philippe Faucon : Nous avons des demandes que je n’imaginais pas encore il y a cinq six ans : aujourd’hui, les exploitants qui adhèrent à un groupement d’employeurs ont des besoins en transformation, en vente ; on nous demande même des webmasters, et nous développons aussi beaucoup l’appui administratif. Dans mon secteur, en Normandie, quand nous avons lancé le groupement d’employeurs en 2007, nous étions beaucoup plus orientés vers les fonctions de production. Ces nouvelles demandes ne sont pas majoritaires, mais elles sont de plus en plus prégnantes. Un exploitant m’a appelé récemment pour savoir si on faisait chasseur de têtes, parce qu’il cherchait un chef d’élevage en production porcine.

Est-ce à dire que les besoins en matière de qualification ont également évolué ?

L’autre aspect sur lequel les choses bougent en effet, c’est sur celui de la qualification. Au départ, les employeurs se partageaient des salariés pas ou peu qualifiés. Désormais, au-delà de cette demande il y a aussi des besoins de salariés beaucoup plus qualifiés, qui ont la capacité d’encadrer des équipes, prendre en charge des ateliers… Ce sont de futurs chefs d’élevage, chefs de cultures, voire responsables d’atelier… Et ce que nous voyons se dessiner est que les groupements d’employeurs font de plus en plus office de passerelles, pour parfaire la formation de ces futurs ouvriers qualifiés ou cadres en agriculture, de leur sortie de l’école à leur prise de fonction dans nos entreprises.

Et comment s’adaptent en retour les employeurs à ces nouveaux profils ?

La difficulté en agriculture, comme pour toutes les très petites entreprises (TPE), est que les exploitants qui emploient de la main-d’œuvre n’ont en général qu’un seul salarié. Petite entreprise, problèmes de mobilité, alliés à un manque de compétences en ressources humaines… Ils n’ont pas été formés à recruter ni à « employer ». Dans les groupements d’employeurs, nous devenons en quelque sorte les nouveaux conseillers en RH de nos adhérents. Embaucher un cadre ou des salariés pour la production et des saisonniers, c’est un métier très différent. Avec les postes qualifiés, il faut aborder le management de manière de plus en plus professionnelle, par exemple pour gérer les entretiens annuels. Les exploitants en prennent de plus en plus conscience.

Propos recueillis par Rosanne Aries