Les accidents liés au risque électrique sont-ils fréquents sur les exploitations ?

Pierrick Poly : Si les accidents d’origine électrique sont peu fréquents, ils sont soit très invalidants, soit mortels. Au niveau national, 64 accidents mortels sont à déplorer sur la période allant de 2002 à 2016 : 32 concernent des exploitants et l’autre moitié, des salariés. Ces électrocutions surviennent le plus souvent à la suite d’un contact avec une ligne aérienne à haute tension (70 %) et plus rarement en raison d’un défaut d’installation sur des appareillages à basse tension (30 %). Parmi les machines les plus impliquées lors de contacts avec des lignes à haute tension, on trouve par exemple les outils de coupe pour élaguer, les tuyaux d’irrigation et les remorques agricoles.

Le risque électrique concerne autant les exploitants que leurs salariés. © MSA
Le secteur de la culture est le plus touché par le risque électrique. ©MSA
Les outils de coupe, les tuyaux d’irrigation et les bennes sont les principaux engins et équipements impliqués dans les accidents d’origine électrique. © MSA

Comment prévenir ce risque électrique ?

Il est important de bien connaître son environnement de travail, en particulier d’identifier les différentes lignes électriques qui traversent l’exploitation, ainsi que leur hauteur. Les lignes les plus fréquentes sur une exploitation sont celles dites à haute tension A (HTA), traversées par un courant pouvant aller de 1 000 à 50 000 volts (V) : leur hauteur doit être par construction d’au moins 6 mètres. Par ailleurs, en cas de manœuvre sous une de ces lignes, la distance de sécurité à respecter est de 3 mètres. Concrètement, la ligne à haute tension doit être distante d’au moins trois mètres du point haut de votre remorque. Ce qui limite quasiment, voire interdit, toutes les manœuvres. Enfin, pour un simple passage sous une ligne, la distance de sécurité à respecter est d’un mètre.

Que faire si la ligne à haute tension n’est pas à six mètres de hauteur ?

En Picardie, nous demandons aux exploitants de signaler ces lignes jugées trop basses. Nous avons un partenariat avec Enedis, le distributeur d’électricité. En cas de problème, il va rehausser la ligne si c’est possible, ou la tendre à nouveau. Il peut aussi couper le courant à l’occasion, par exemple si la moissonneuse-batteuse passe à moins d’un mètre de la ligne. La plus grande difficulté vient du fait que l’exploitant et ses salariés ignorent bien souvent la hauteur de leur matériel. Cette indication n’est pas obligatoire. Il faut pourtant essayer de la mesurer pour chaque engin ou matériel par ses propres moyens. Il peut également être intéressant d’afficher les hauteurs maximales de l’engin, dans la cabine.

Existe-t-il des équipements pour mieux prévenir le risque électrique ?

Des détecteurs de champs électriques ont commencé à être testés. Ce sont de petits appareils placés sur la machine, qui vont détecter les lignes électriques. Un signal sonore et lumineux dans la cabine est déclenché dès lors que le conducteur arrive à proximité d’une ligne. Il existe aussi du matériel de détection un peu plus élaboré qui va empêcher par exemple le déploiement d’une rampe ou autre qui se trouverait trop près d’une ligne.

Que faire quand l’accident survient ?

En cas de contact de son matériel avec une ligne à haute tension, le chauffeur doit absolument rester dans sa cabine. Si le tracteur fonctionne encore, il peut manœuvrer pour s’en dégager et partir le plus loin possible. Le courant se diffuse par cercles concentriques dans le sol : plus on s’éloigne du point d’impact du courant et plus on perd de la tension. Seulement, cette distance de sécurité n’est pas connue. Il est donc préférable que le chauffeur reste dans sa cabine. Quant aux autres, salariés ou employeur, qui se trouveraient à proximité, ils ne doivent surtout pas s’approcher du lieu de l’accident.

Cet affichage sur le risque électrique est disponible dans votre MSA. Réalisé et mis à disposition par le service de prévention de la MSA de la Picardie, cet autocollant est à installer dans les cabines des engins.

Est-ce à dire que l’engin peut être en contact avec la ligne à haute tension et que le conducteur ne ressente rien ?

Ce qui est dangereux en électricité, c’est la différence de potentiel. Si le conducteur reste dans la cabine, il n’y a pas de danger. En revanche, s’il pose les pieds au sol, à 0 volt, alors que sa cabine est soumise à 20 000 V, l’accident survient. La consigne est donc de rester dans l’engin, d’essayer de le dégager, et d’appeler les secours, en faisant le 18. Les pompiers sont en relation avec les services d’urgence d’Enedis qui va pouvoir couper la ligne concernée. De toute façon, les pompiers n’interviendront jamais s’ils n’ont pas la certitude que la ligne est coupée. Et seul Enedis peut le faire.

Et à ce moment-là, le conducteur peut sortir de la cabine sans aucun dommage ?

Oui. Seulement, il est important de bien attendre l’aval des pompiers et d’Enedis pour le faire. En cas de contact, le distributeur coupe en effet le courant, mais la procédure technique d’Enedis, en cas de court-circuit, impliquera un réarmement de la ligne un certain nombre de fois, avant de réellement s’éteindre. Donc, même quand on a l’impression qu’il n’y a plus de courant, il est important d’attendre. La plupart des accidents surviennent parce que le conducteur ne se rend compte de rien. Parfois, il entend un bruit mais ignore d’où il provient, il quitte alors sa cabine pour aller voir de quoi il en relève… S’il y a une ligne à haute tension à proximité, une extrême prudence s’impose.

Propos recueillis par Rosanne Aries