Pourquoi avoir lancé ce dispositif destiné à venir en aide aux travailleurs isolés en cas d’accident ?

À l’origine, Présence verte a pour vocation de proposer des solutions technologiques de maintien à domicile des populations agricoles, âgées et isolées. Notre objectif est de leur permettre d’être sécurisées chez elles, même lorsqu’elles sont seules. Au fil des années, nous nous sommes développés pour devenir le premier spécialiste de la téléassistance en France. C’est après avoir été alertés par la Mutualité sociale agricole (MSA) que nous nous sommes intéressés spécifiquement aux travailleurs isolés du secteur. Un salarié d’une entreprise de travaux forestiers était malheureusement décédé à la suite d’un accident, sans avoir pu être secouru parce que son employeur ignorait tout de la situation. Or, un employeur est tenu d’assurer la sécurité de son salarié isolé, et en l’occurrence de pouvoir lui apporter les secours nécessaires en cas d’accident.

Est-ce à dire que la loi impose à l’employeur de suivre, même à distance, son salarié qui travaillerait dans un autre champ par exemple ?

Oui, il existe une réglementation très claire sur ce point, qui date de 1992 et un arrêt de la Cour de cassation qui date de 2008 : le code du travail oblige le chef d’entreprise à prendre les mesures nécessaires pour qu’aucun de ses salariés ne travaille isolément en un point où il ne pourrait être secouru en cas d’accident. Dans le secteur agricole, une très forte densité de population de salariés travaille de manière isolée soit durablement, soit ponctuellement, et ils ont besoin d’être sécurisés.

Quel outil technologique proposez-vous aux employeurs ?

Il existe plusieurs dispositifs que nous adaptons aux missions du salarié, le plus courant étant le téléphone mobile avec GPS, généralement assez simple dans son fonctionnement. Selon l’activité du travailleur isolé, l’outil va être capable de localiser la personne, de détecter une absence de mouvement ou au contraire un mouvement inhabituel, comme une perte de verticalité. L’alerte est soit déclenchée par le salarié lui-même ou par le dispositif. Par exemple, l’entrepreneur de travaux forestiers qui monte sur l’arbre pour couper des branches, va estimer que sa mission doit durer 5 minutes. Il programme un chronomètre. Si jamais il n’est pas descendu avant terme pour le désactiver, l’alerte va être donnée. Il existe un éventail de propositions technologiques en fonction du type de travailleur et de travail. Plutôt qu’un téléphone, il peut aussi s’agir d’un simple boîtier, pas plus grand qu’un paquet de mouchoir, avec un bouton rouge d’alarme.

Quelques exemples de type de dispositifs mis en place par Présence verte.

Mais une fois l’alarme donnée, qui est alerté ? L’employeur ? Les pompiers ?

Présence verte a mis en place une centrale d’écoute qui fonctionne 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Dans le cas du téléphone portable, une touche rouge est disposée au verso, elle permet d’envoyer une alarme directement sur notre plateau qui prévient immédiatement l’exploitant et les pompiers ou le Samu. Dans une situation d’urgence, chaque seconde compte.

Combien coûte un tel dispositif ?

C’est très variable en fonction de la nature du dispositif auquel l’exploitant va souscrire. Le coût est de l’ordre de 30 à 35 euros par mois, pour un ou plusieurs dispositifs. Certaines entreprises souscrivent à un ou deux produits qui tournent en fonction des activités. Le coût est mensuel, il intègre la mise à disposition du matériel technologique, le suivi, et le service d’écoute 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Nous mettons non seulement à disposition le matériel, mais nous formons aussi les équipes.

En termes de droit, votre outil ne donne-t-il pas aussi la possibilité à l’employeur de surveiller son salarié à distance ? Ne peut-on craindre un risque de flicage ?

Nous ne faisons pas de « tracking », ça n’est pas un dispositif de suivi des salariés pour le compte des employeurs. Il existe un certain nombre de services de livraison qui ont en effet équipé les véhicules de leurs salariés de systèmes de tracking. Cela existe. Pour nous, le sujet est très clair, nous ne sommes pas là pour ça. Cela signifie que les exploitants qui nous appellent pour nous demander où était un tel salarié à telle heure, mis à part dans le cadre d’une commission rogatoire parce qu’il y aurait eu un crime, nous ne le faisons pas. L’exploitant agricole n’a pas la possibilité de visualiser de lui-même où se trouve le matériel dont il a équipé ses salariés isolés. Seule notre plateforme d’écoute est en mesure de le savoir. Nous sommes très vigilants sur ce sujet.

Propos recueillis par Rosanne Aries

Pour s’équiper, il existe un numéro cristal sur le site de Présence verte, qui bascule le demandeur vers l’association de sa région.