Qu’avez-vous précisément étudié auprès des travailleurs des élevages de porcs et de volailles ?

Le projet Air éleveur vise à évaluer l’impact de l’exposition des éleveurs et des salariés aux poussières et aux gaz. Nous avons ainsi suivi 91 travailleurs au sein de quarante et un élevages de porcs et de volailles, nous avons également réalisé 307 mesures sur la qualité de l’air. Ces évaluations ont été faites au cours de différentes tâches durant les soins aux porcelets par exemple ou encore le sevrage, l’alimentation au postsevrage, l’enlèvement des volailles, le paillage et le curage du fumier. Des données concernant la santé des éleveurs et des salariés ont été également enregistrées. Enfin, chaque personne a été questionnée sur sa perception du risque respiratoire.

Thierry Bellec, chargé d’études en production porcine, et Coline Brame, chargée d’études et de conseil environnemental en production avicole au sein des chambres d’agriculture de Bretagne.

Les éleveurs de porcs et de volailles sont-ils conscients des risques respiratoires encourus ?

Non, nous avons constaté que le déni du risque était en réalité important, surtout chez les éleveurs de porcs. Ils sont certes globalement moins exposés qu’en volailles où l’on manipule davantage de paille mais, selon les tâches, ils peuvent être soumis à d’importantes émissions de gaz et de poussières qui présentent des risques pour leur santé. Et clairement, pour eux, la protection n’est pas rentrée dans les mœurs. Au total, sur l’ensemble des travailleurs interrogés, très peu se protègent. Nous avons donc cherché à comprendre pourquoi les éleveurs ne se protégeaient pas. Et nous tentons désormais de les sensibiliser à des pratiques et des équipements de protection, par le biais de formation et de plaquettes d’information.

Les quatre types de masques retenus par le projet Air éleveur. © DR

Les chambres d’agriculture de Bretagne viennent de publier une plaquette pour aider les éleveurs à choisir leur masque respiratoire. Quels sont les principaux critères à retenir ?

Dans ce document technique, nous abordons le choix et l’utilisation des masques respiratoires. Globalement, cela va dépendre des tâches à réaliser, de leur durée et de la sensibilité de chaque personne. Nous détaillons l’ensemble de ces critères avec les points forts et les points faibles dans un tableau sur la plaquette. Parmi les paramètres importants, il y a celui de la taille du masque. La taille M ne convient pas à tout le monde. Il est recommandé de l’essayer avant de l’acheter. Tous les modèles doivent impérativement porter le sigle CE et l’indication de la classe d’efficacité (P1, P2, P3). D’après les mesures et les suivis effectués en élevage, les particules n’étant pas inertes (véhiculent des bactéries, champignons par exemple) et très fines (< 2,5 μm), nous recommandons de choisir des filtres à poussières de classes P2 à P3. Les masques respiratoires sont des équipements de protection individuelle spécifiques à chaque travailleur.

Les éleveurs peuvent-ils se contenter de masques chirurgicaux ?

Non, ils ne sont pas efficaces. Les masques de type chirurgical ne sont pas des équipements de protection individuelle : ils ne protègent pas les utilisateurs des contaminants. Le choix du masque va aussi se faire selon les contaminants contre lesquels l’éleveur ou le salarié veulent se protéger. Les masques jetables ne vont faire obstacle qu’aux poussières par exemple. Pour les contaminants comme l’ammoniac issu de la décomposition des déjections des animaux ou les produits organiques (désinfectants), il faudra préférer les masques réutilisables, ou à filtres renouvelables, ou encore les ventilés portant les sigles A et K.

Le prix entre aussi en jeu. Combien coûtent ces différents types de masques ?

Cela va de 5 à 6 euros pour des masques simples, papier, jetables, jusqu’à 500 euros pour des appareils ventilés qui présentent beaucoup plus de technologie. Il existe aussi des cagoules ventilées pouvant atteindre les 1 000 euros. Ils sont en général plus confortables et évitent la condensation. Cela peut paraître élevé, mais un masque jetable va être utilisé de manière efficace sur une seule tâche, sur une période courte, ce qui fait qu’à la longue, ce n’est pas si intéressant que ça économiquement. Les masques réutilisables coûtent environ 30 euros. Et les masques à double filtre renouvelable ne sont pas beaucoup plus chers. La partie faciale se garde indéfiniment, sous réserve d’un entretien régulier, seules les cartouches sont à changer au minimum tous les six mois.

La plaquette est imprimée à 3 000 exemplaires et distribuée gratuitement.

Propos recueillis par Rosanne Aries

Le projet Air éleveur est piloté par les chambres d’agriculture de Bretagne en collaboration avec l’Inra, l’Ifip-Institut du porc, l’Itavi, l’Idele, Sepia Santé, AgroCampus Ouest et les MSA d’Armorique et des Portes de Bretagne.