Rappe : Tout employeur est tenu d’évaluer les risques encourus par ses salariés et de prendre les mesures nécessaires pour assurer leur sécurité et protéger leur santé. Ces risques sont répertoriés dans un document unique des risques professionnels qui doit être régulièrement mis à jour. (1)

CaptainRisk est un outil qui permet à un employeur de répondre à cette obligation du document unique d’évaluation des risques professionnels (Duerp). Comment ?

Philippe Roignant, fondateur de CaptainRisk (2) : L’employeur doit répertorier des risques, qui lui sont proposés, via un formulaire. Il lui faudra environ une heure pour le remplir et évaluer les risques professionnels auxquels ses salariés sont exposés. Cela se passe sur le web : CaptainRisk est un site que nous avons ouvert au début de 2016. L’outil est rapide, intuitif, il suffit, pour avancer, de se laisser guider par le survol des informations proposées et classifiées dans un ordre précis (unités de travail, situations de travail, facteurs de risques et préventions). En cas de doute, de la documentation est aussi proposée pour aider l’employeur. Nous assurons un suivi, une fois le Duerp réalisé, pour orienter l’agriculteur dans son évaluation. Il peut aussi nous interroger en ligne pour toutes demandes sur la prévention. Des formations, proposées à partir de novembre, seront prises en charge par les OPCA (organismes paritaires collecteurs concernés).

Pourquoi avoir créé cette plateforme ?

PR : Lors de formations de sensibilisation aux risques professionnels que j’ai menées dans de nombreuses entreprises, de toute taille, j’ai pu constater que ce document unique était souvent considéré comme une contrainte administrative supplémentaire, voire une véritable plaie. Pas pour les grandes structures qui disposent d’un ingénieur sécurité interne, mais pour les petites structures, comme les exploitations. J’ai voulu permettre à ceux qui sont moins à l’aise avec la sécurité, voire l’outil informatique, de pouvoir se mettre plus facilement en conformité.

Dominique Roignant, spécialiste des questions de formations en sécurité au travail : Souvent les employeurs ne savent pas par où commencer avec le document unique. Notre idée est de dire que non seulement l’outil va leur permettre d’évaluer les risques encourus par leurs salariés, mais leur donner en plus une posture managériale : l’outil favorise le dialogue social et permet au chef d’exploitation de poser les bonnes questions sur un sujet très vaste et avec des enjeux importants, comme la bonne marche de l’exploitation.

L’outil est-il adapté à tous les types de production ?

PR : Il est ouvert aux producteurs de bovins lait, de bovins viande, de grandes cultures, aux aviculteurs et aux éleveurs porcins. CaptainRisk a déjà en portefeuille les Duerp des 2 000 adhérents de la Cooperl. Si demain, il y a des demandes pour l’élevage caprin, nous créerons notre base de données. C’est d’ailleurs le cas pour les maraîchers qui pourront bientôt aussi disposer d’une base de données spécifiques à leur production.

Combien coûte cet outil ?

PR : Il existe plusieurs formules allant d’une version gratuite, fonctionnant sur la base des principaux risques génériques rencontrés sur les lieux de travail, en passant par l’offre « essentielle » à 119 € spécifiquement étudiée pour les exploitations agricoles, jusqu’à la version « performance » à 219 € comportant de multiples fonctionnalités dont la pénibilité et la gestion multisites.

SIMULATION

Exemple d’un élevage porcin

L’agriculteur sélectionne son élevage.

En fonction des élevages entre 150 et 200 préventions sont proposées. Pour les éleveurs de porcs, il existe 55 facteurs de risque, 13 situations de travail et trois unités géographiques (à partir desquelles se construit le Duerp).

« Pour toutes les exploitations, nous avons divisé l’exploitation en trois : l’ensemble des lieux de l’exploitation dans sa globalité, l’élevage en tant que tel, et le travail au champ, à l’extérieur du corps de l’exploitation. »

EN 5 ÉTAPES

1. L’inventaire des facteurs de risque se fait tout d’abord par unité de travail (chaque facteur de risque induit des risques).

2. La plateforme propose une sélection de préventions appropriée au facteur de risque.

3. L’exploitant clique sur une des trois cotations proposées. « Chaque agriculteur est son propre préventeur. C’est donc lui qui va décider de sa cotation qu’elle soit à surveiller, à traiter ou à améliorer. »

  • À surveiller : le risque est modéré. « Des efforts devraient être réalisés pour le réduire, mais le coût de la prévention doit être évalué avec soin. Des mesures de réduction du risque doivent être mises en œuvre dans une période de temps défini. »
  • À gérer : le risque est substantiel. « Le travail ne devrait pas être entrepris tant que ce risque n’a pas été réduit. Des moyens importants doivent être mis à disposition pour le réduire. »
  • À traiter : le risque est intolérable. « Le travail ne devrait être ni entrepris ni continué tant que le risque n’a pas été réduit. S’il n’est pas possible de réduire ce risque, le travail doit être interdit. » Au cas où ce risque ne sera pas traité, l’agriculteur recevra un rappel sur sa boîte mail.

4. Cette étape consiste à planifier l’action de prévention (le calendrier et les moyens).

5. L’exploitant procède au contrôle des actions engagées pour la disparition du risque.

Mise à jour du Duerp

« Pour faire une analogie avec la comptabilité, l’évaluation des risques c’est comme un compte d’exploitation ; le document unique c’est le bilan. C’est un document que l’on arrête à un moment donné, mais en réalité ça ne s’arrête jamais, il bouge tout le temps. » Chaque événement implique en effet une mise à jour du document unique : un nouveau salarié, un nouvel atelier, etc.

Plus d’informations sur le site de CaptainRisk.

Propos recueillis par Rosanne Aries

(1) Conformément au code du travail français R 4221-1 et 2 et de la directive européenne 89/391/CEE.

(2) Intervenant en prévention des risques professionnels (IPRP) agréé par la Direccte, Philippe Roignant a travaillé pour de grands groupes de matériels de travaux publics ou agricoles et était chargé de la sécurité et de la protection. Il est aussi ingénieur agricole de formation.