Pourquoi avoir voulu travailler sur l’accessibilité aux toilettes ?

Catherine Lopez, médecin du travail à la MSA Ain-Rhône : Cela fait plus de quatre ans qu’avec ma collègue infirmière en santé au travail, Alice Marchaud, nous planchons sur ce sujet. Nous sommes nous-mêmes des travailleurs itinérants, et personnellement confrontées à ces problématiques d’accessibilité aux toilettes. Sur mon secteur d’intervention, je suis beaucoup les paysagistes. Avec ma collègue, nous avons ainsi entrepris de faire une enquête auprès de ces salariés, pour savoir s’il s’agissait aussi d’une problématique pour eux. Nous avons interrogé une centaine d’entre eux, pris au hasard lors de nos rencontres respectives. Et 80 % des salariés nous ont répondu que l’accès aux toilettes était en effet un problème prioritaire. Si au début de l’entretien, les salariés rigolent ou tout du moins sourient en général, rapidement, dès lors qu’ils voient qu’on s’intéresse réellement à la problématique, ils ne tarissent pas d’histoires, de situations difficiles, dont ils n’avaient jamais parlé auparavant. C’est un sujet tabou. J’ajouterai que sur les 100 personnes interrogées, trois seulement étaient des femmes. Ce qui montre bien que ça n’est pas qu’un problème de femmes, comme on veut souvent le faire croire.

Comment ce constat a-t-il été reçu par les employeurs ?

Nous avons tout d’abord présenté les résultats de notre enquête auprès des préventeurs, notamment à l’INMA, l’Institut national de médecine agricole. Puis on a commencé à en parler auprès des employeurs. Mais la majorité des retours portaient sur les frais supplémentaires qu’allait engendrer la mise en place de toilettes sur les lieux de travail. Nous avons ainsi décidé de changer notre fusil d’épaules en communiquant davantage sur les enjeux de productivité, d’image et de performance pour l’entreprise, auxquels est liée la mise en place de toilettes.

Comment la présence de toilettes peut impacter la performance d’une exploitation ?

Si vous avez quelqu’un qui se retient d’aller aux toilettes, alors que ses positions de travail sont souvent accroupi, ou baissé en avant, fatalement moins concentré, il est moins performant et a un risque accru d’accident du travail. Dans le maraîchage, lorsque vos salariés n’ont d’autre choix que d’aller se soulager entre les choux-fleurs ou je ne sais quoi, forcément, cela n’est pas terrible du tout pour lui, comme pour son équipe. Et qu’en est-il de l’image de l’entreprise ? Nous avons mené notre enquête auprès de paysagistes, mais l’on constate que cette problématique s’applique à toute personne itinérante, qui ne travaille pas dans les locaux de son entreprise. Le code du travail comme le code rural prévoient des obligations pour les employeurs dans les locaux, comme le nombre de WC prévus par homme par femme, mais rien en dehors. Or, quand vous êtes dans les champs, comment faites-vous ?

Les toilettes itinérantes (copeaux de bois et une tente), l’une des solutions à l’accès aux toilettes. © MSA Ain-Rhône

Que faire en tant qu’employeur ? Mettre des toilettes au milieu du champ ?

Les employeurs doivent déjà prendre conscience que c’est une problématique qu’il faut systématiquement envisager. Il existe plusieurs solutions pour y parer, comme des toilettes sèches avec des copeaux de bois et une tente de douche… Cela n’est pas la solution idéale, mais c’est déjà mieux que rien. Toilettes chimiques ou toilettes sèches, artisanales ou non… Il existe plusieurs solutions pour donner la possibilité à ses salariés de se soulager quand ils en ont besoin. Il en va non seulement de leur dignité, mais aussi de la performance et de l’image de l’entreprise.

Propos recueillis par Rosanne Aries