Les Landais Pierre Ferry et Olivier Banos ont pour principe « de ne rien demander à nos salariés que nous ne sachions faire ». © R. Aries/GFA

« Le management sur une exploitation ? C’est avant tout un travail d’équipe, de cohésion d’équipe. Nous, c’est comme cela qu’on l’aborde. » Olivier Banos et Pierre Ferry se sont associés en 2010 au sein d’une SEP (société en participation). À la tête de 1 400 hectares, dont 300 en bio, ils produisent essentiellement du maïs semence, mais aussi des carottes, des asperges, du maïs doux, des petits pois et des haricots verts, sur la commune de Commensacq, dans les Landes. Ils emploient douze permanents en équivalent temps plein et une cinquantaine de saisonniers sur l’année. Avec pour principe : « Nous ne demandons rien à nos salariés que nous ne sachions faire ! »

  1. De la souplesse

    Si les deux exploitants en imposent avec leurs 1,99 m et 1,85 m, ils excluent tout autoritarisme. « Leur plus grand atout en matière de management, c’est leur souplesse, et leur capacité à s’adapter à chacun. Le duo sait aussi se remettre en question, c’est une force », note Céline Pouységur, consultante chez Exco Fiduciaire du Sud-Ouest, membre d’AgirAgri. Depuis 2010, elle les conseille sur la gestion de leurs salariés. « Le poste de main-d’œuvre, c’est un million d’euros sur l’année, reprend Olivier. Ça ne s’improvise pas, une seule erreur peut tout faire basculer. » Du recrutement aux entretiens annuels, ils réfléchissent ainsi régulièrement, tous les trois ensemble, sur la manière de développer ce poste.

    Céline Pouységur, consultante chez Exco Fiduciaire du Sud-Ouest (AgirAgri), accompagne depuis 2010 Pierre Ferry et Olivier Banos dans leur gestion du personnel. © R. Aries/GFA

  2. À l’essai

    « Au départ, nous n’étions pas du tout préparés au recrutement, explique Pierre. Il y avait aussi très peu de personnel qui se présentait, donc on prenait ceux qui venaient. » Les deux exploitants sont depuis plus vigilants sur les périodes d’essai obligatoires pour chaque salarié, variable selon les postes et qu’ils renouvellent en cas de doute. S’ils ont acquis de l’expérience, le recrutement reste une difficulté du fait du manque de candidats. Malheureusement, les formations agricoles sont un peu déconnectées du sens pratique de l’agriculture aujourd’hui.

  3. Loger sur place

    Pour parer à cette pénurie de la main-d’œuvre, Olivier et Pierre font en sorte de compléter leur offre. « Nous avons toujours trouvé une solution pour les personnes qui venaient de loin, permanents comme saisonniers », précise Olivier. Les deux exploitants ont pour projet de rénover des maisons pour pouvoir les loger. « On trouve quelques saisonniers dans le secteur. Mais si vous avez besoin de 80 personnes, c’est impossible. Ils ne peuvent que venir de loin, et alors il faut pouvoir les loger. »

  4. Saisonniers internationaux

    « Les Français sont rares parmi nos saisonniers, seulement 5 à 10 %. Nous avons des Roumains, des Équatoriens, des Espagnols, des Portugais, etc., précise Pierre. Il faut se rendre compte que ceux qui travaillent parmi les Français sont les étudiants et les retraités. Tous ceux qui viennent de Pôle Emploi par exemple font leur quota d’heures pour avoir le chômage, puis s’en vont, parfois sans nous le dire et sans même venir chercher leur salaire. C’est une réalité. Trouver de la main-d’œuvre française pour travailler sur la ferme, ça ne court pas les rues. »

    « Parmi nos saisonniers, la majorité revient d’une année sur l’autre », explique Pierre Ferry. © R. Aries/GFA

  5. Deux groupements d’employeurs

    Depuis 2017, la SARL Feros adhère à un groupement d’employeurs pour la main-d’œuvre saisonnière. « Nous recrutons par ailleurs en Roumanie via un prestataire qui nous propose du personnel, que nous déclarons à la MSA. Nous payons donc les cotisations en France. Le prestataire ne fait que faciliter leur déplacement. Ça nous coûte plus cher, mais nous sommes assurés de leur présence tous les matins. De toutes les manières, si nous n’avions pas cette main-d’œuvre étrangère pour les saisonniers, nous ne pourrions assurer la moitié de nos activités et nous n’aurions plus nos CDI : ce personnel permet de pérenniser toute notre main-d’œuvre permanente. »

    Olivier et Pierre ont par ailleurs créé dès 2010 leur propre groupement d’employeurs. Les permanents sont embauchés dans le cadre de ce groupement d’employeurs, et « comme nous avons plusieurs structures sur l’exploitation, ils sont susceptibles de travailler sur toutes, pour éviter des procédures de mises à disposition du personnel, toujours compliquées ».

    Les saisonniers qui le veulent peuvent rester travailler jusqu’à huit mois sur l’exploitation « Feros ». © R. Aries/GFA

  6. La fabrique d’engins

    Sur les douze permanents, la majorité est employée pour les cultures, une personne à l’administratif et trois autres officient dans « l’atelier ». C’est le point nodal de l’exploitation. Dans ce bâtiment : le dessinateur et les chaudronniers soudeurs inventent des machines « pour faire évoluer les techniques de production, limiter l’impact sur l’environnement, mais aussi pour réduire les travaux pénibles et répétitifs, explique Pierre. Par exemple, à partir d’une machine à vendanger, on fait une machine d’assistance à la récolte d’asperges sur sept rangs ». Les nouvelles technologies sont présentes partout sur la ferme : irrigation, guidage par GPS des tracteurs, trieur optique, machines d’assistance à la récolte, etc. « Le fait que ce soit moins pénible, on y gagne tous, en matière de conditions de travail et rendement. » Pour 2018, « nous allons refaire le bâtiment qui abrite l’atelier, poursuit Pierre. Cela devrait encore améliorer les conditions des salariés. Nous allons passer d’un atelier vétuste à un atelier isolé, avec un magasin et de vraies portes. »

    Du dessinateur au soudeur, en passant par le chaudronnier : Olivier Banos et Pierre Ferry posent avec l’équipe de l’atelier qui conçoit les machines de l’exploitation. © R. Aries/GFA

  7. Le café du matin

    « Tous les matins, quand on arrive, on prend le café ensemble, raconte Olivier. Et on passe du temps ensemble. On peut parler de boulot, mais on parle aussi de plein d’autres choses. Ce moment est très important. Il peut durer 10 minutes. Il y en a qui arrivent dès 7h15, alors qu’ils embauchent à 8 heures. À l’inverse, quand on voit les gens arrivés à 8h05, c’est un signe qui nous alerte. Un repas d’entreprise est par ailleurs organisé tous les ans. C’est aussi un moment important pour faire part de l’évolution de l’exploitation à nos équipes. »

    L’un des réfectoires de la SARL Feros où les salariés qui le souhaitent se retrouvent pour prendre leur déjeuner. © R. Aries/GFA

  8. Réfectoire, douche et micro-ondes

    L’exploitation dispose d’un réfectoire chauffé, d’une salle de repos, de toilettes, de douches, de lavabos et d’un four à micro-ondes. « Tous les salariés possèdent par ailleurs un téléphone de fonction : dès qu’ils ont un problème, ils peuvent nous appeler. Certains ont même une voiture », explique Olivier.

    Une autre pièce pour le collectif, avec, affichées au mur, les règles d’hygiène dans plusieurs langues. © R. Aries/GFA

  9. Des entretiens annuels

    « Olivier et Pierre font passer ensemble les entretiens annuels, en février le plus souvent, souligne leur consultante Céline Pouységur. Nous les préparons tous les trois à l’avance, suivant un guide d’entretien que nous reconstruisons année après année suivant le développement de la société. » Ces entretiens sont l’occasion d’évaluer les compétences professionnelles de chacun, d’identifier leurs points forts et ceux à améliorer, de fixer des objectifs à venir. « On y parle aussi formations et salaire. »

    Salarié par salarié, les entretiens sont préparés à l’avance entre Olivier Banos, Pierre Ferry et Céline Pouységur. © R. Aries/GFA

  10. Au-dessus du Smic

    « Les salaires sont plutôt bons ici, autour de 2 000 euros net par mois, avec des avantages en plus, comme la voiture à l’année pour certains, rappelle Olivier. Le smicard n’a de toute façon pas sa place chez nous, ça n’est qu’une question de compétences. Nous prenons surtout des personnes compétentes et responsables. » Pierre et Olivier ont gonflé leur rang ces dernières années avec des alternants, « la meilleure façon de former les jeunes en production agricole ».

Visionnez l’interview d’Olivier Banos, exploitant dans les Landes, et de Céline Pouységur, consultante chez Exco Fiduciaire du Sud-Ouest, à l’occasion du Salon de l’agriculture.

Rosanne Aries