Sylviane Le Tirant a suivi une formation afin de mieux se faire remplacer.

Âgée de 44 ans, Sylviane Le Tirant est éleveuse depuis 2007, dans le Finistère : avec son mari, Jean, installés depuis 1993, ils sont désormais à la tête d’une EARL, située sur la commune de Bannalec. La ferme compte une soixantaine de vaches (430 000 litres de lait livrés à la coopérative Clal-Yvi) et dispose de 76 hectares (ha), dont 23 en location, sur lesquels le couple cultive de quoi alimenter le troupeau : 16 ha de maïs, 11 ha de céréales et 49 ha d’herbe.

À la suite d’un accident

« Quand j’étais enfant, je me suis juré de ne jamais faire ce métier. » Sylviane est fille d’agriculteurs. Elle se souvient des vacances à la maison : « Nous ne sommes jamais partis ! Même pas une journée. Je ne voulais pas suivre cette voie. » Mais, après un premier cursus de comptable, elle revient sur ses pas. Le métier la passionne, elle finit ainsi par s’y engager, à quelques changements près. « Dès le départ, avec Jean, nous avons convenu de prendre des jours si nous en avions besoin. »

Ils adhèrent en 2007 au service de remplacement du Finistère. Et deux ans plus tard, ils font appel à leur premier agent. À la suite d’un coup de pied d’une de ses vaches, Sylviane est gravement blessée au poignet et à la main. Le médecin lui impose un arrêt de neuf mois. Il est hors de question que Jean assume seul la charge de travail. Un premier agent vient. Aujourd’hui, « je tourne avec cinq salariés réguliers, deux filles et trois garçons. C’est le nombre minimum pour être sûre d’avoir quelqu’un de disponible », explique Sylviane, qui s’accorde avec son époux de temps en temps une journée, voire un week-end de repos, jamais plus de cinq jours d’affilée.

Cinq agents de remplacement sont habitués à travailler sur l’exploitation de Sylviane Le Tirant. Parmi eux, Philippe Talgorn vient régulièrement à Bannalec depuis 2009. © R. Aries/GFA

Bien définir les tâches

Elle a suivi la formation « Manager son remplacement » proposé par le service en question de son département et financé par Vivea. « Je voulais savoir si je préparais bien mon remplacement, notamment en termes de consignes données à mon agent, avant, mais aussi à la fin de sa mission. »

La formation a débuté par des simulations à réaliser seul chez soi, puis s’est poursuivie sur deux jours au sein d’un collectif de plusieurs exploitants : « Ce rendez-vous a tout d’abord été l’occasion d’échanger sur nos expériences. » Rapidement, les apprentis se sont prêtés à des mises en situation. Sylviane a notamment dû faire face à un (faux) agent qui niait, malgré l’évidence, avoir cassé du matériel. « Ça a été très instructif pour moi. J’ai un caractère assez fort, et je m’emporte vite. Ça a été l’occasion d’apprendre à prendre du recul, et à dire les choses calmement. »

La salle de traite : la ferme compte une soixantaine de vaches laitières de la race prim’Holstein (430 000 litres de lait). © R. Aries/GFA

Anticiper les conflits

Sylviane a aussi pu constater que si elle transmettait les bonnes consignes à son agent avant sa mission, faire le point avec lui, à son issue, n’était pas son fort : « Je déteste faire le tour de l’exploitation après coup avec lui. J’ai l’impression de le fliquer. Pour moi, c’est une question de confiance. Mais j’ai compris depuis que c’était important, pour anticiper notamment les conflits. Ça n’a pas été simple au départ, mais désormais, je le fais. »

Tout noter

La formation l’a également rassurée : « Je fais toujours en sorte que n’importe quel agent puisse me remplacer sur le champ au cas où il m’arriverait quelque chose. » Sylviane complète au quotidien un tableau pour tous les événements sanitaires, chaque bête malade y est mentionnée. Les vaches sont aussi identifiées par un code couleur : rouge ou orange signifie « à traire au pot » ; jaune, « mettre l’entrave » ; vert, « génisse à ne pas traire » ; et bleu, « traire sur trois quartiers ». Les agents sont conviés à aussi noter leurs observations.

Toutes les consignes sont notées en salle de traite, au cas où Sylviane devait subitement se faire remplacer. © R. Aries/GFA

Adapter son discours

« Comme nous tournons avec cinq salariés, il est aussi fondamental de leur parler différemment selon leur expérience ou leur personnalité. » À certains, Sylviane doit davantage expliquer, quand d’autres jugent à un seul coup d’œil de la mamelle, « d’autres encore savent très bien voir si une bête est malade mais ils ont besoin de consulter le tableau, juste pour s’en assurer. Il faut s’adapter. »

Prêt à l’emploi

Sylviane Le Tirant a pris conscience de son rôle d’employeur. Et la formation lui a permis de repartir avec des outils directement applicables à son exploitation « À l’issue de ces deux journées, j’ai bénéficié d’un debriefing personnalisé. » Ce qu’elle relève en particulier est que l’étape de la passation réclame du temps, même pour une journée de remplacement. « Mais il ne faut pas oublier qu’une seule erreur peut faire vaciller toute votre activité », rappelle Sylviane, conquise.

La formation est dispensée dans toutes les régions et s’adresse à tous les exploitants adhérents à un service de remplacement.

Rosanne Aries