Comment faire pour bien s’entendre avec ses salariés ?

Marie-Hélène Mauvezin : Le problème n’est pas ici posé de la bonne façon. S’entendre bien ou non, ce n’est pas ce qui compte. Ce qui doit être au centre de la relation entre l’employeur et son salarié, c’est bien le travail, avec des objectifs et des résultats. Un exploitant connaît très bien son métier : il n’est pas obligé de jouer les copains, ni de rouler des mécaniques, de crier fort ou de se fâcher pour se faire entendre. La force qu’il possède, c’est son savoir-faire et son désir d’un travail bien fait. Ainsi que sa capacité à rester disponible pour faire évoluer les méthodes.

Quelle attitude avoir quand un salarié confie ses difficultés personnelles ?

L’employeur est un professionnel de l’agriculture, il n’officie pas dans un service social ou de psychologie. Ça peut paraître dur, mais il ne tient pas le bureau des pleurs. Ce n’est donc pas à lui, personnellement, de régler ce type de problème, ni même d’en connaître tous les détails. Cela étant dit, rien, bien sûr, ne l’empêche de montrer à une personne en difficulté l’empathie ressentie. A l’occasion d’une pause, il pourra écouter son salarié, voire l’orienter vers les bons interlocuteurs en cas de grandes difficultés. Mais il reste un patron, qui doit garder en tête les objectifs de l’entreprise.

Existe-t-il un moment privilégié pour parler « objectifs » avec son équipe ?

Surtout pas au bout du champ, à la va-vite. L’employeur doit réserver un temps à son salarié pour en discuter. Parler de son travail nécessite du calme, afin que chacun s’exprime dans les meilleures conditions. Il faut créer un rendez-vous fixe, chaque semaine ou chaque mois, pour échanger simplement avec son salarié sur ses missions. Au cours du premier point, il s’agit de donner des buts clairs, datés et mesurables, comme terminer la traite chaque jour à la même heure, ou rentrer tout le blé à telle date. Puis, une fois les missions déterminées, ce rendez-vous doit alors servir à suivre l’avancement de manière régulière, et à ajuster la méthode ou les moyens, en restant ouvert à la discussion. Il existe aussi une part d’imprévus, l’employeur doit en tenir compte. Si l’objectif n’est pas atteint, il ne faut pas incriminer trop vite son salarié, mais bien vérifier que l’organisation, la technique, ou les conditions ne sont pas également en cause.

Beaucoup d’agriculteurs disent fonctionner « en famille », est-ce mauvais pour l’exploitation ?

Pourquoi s’inquiéter si les choses fonctionnent bien ? C’est lorsque les conflits ou les dysfonctionnements deviennent réguliers qu’il faut envisager le changement, puis le communiquer auprès des salariés. La relation de travail n’est pas une relation neutre, c’est une relation de confrontation, et il ne faut pas se tromper là-dessus. Si l’employeur n’est pas satisfait, il s’agit tout d’abord pour lui de se mettre à l’écoute sans a priori, et d’encourager la franchise. Ce qui fonctionne le mieux, c’est bien la transparence et l’honnêteté dans la relation professionnelle. Le salarié doit alors être convaincu que tous les moyens lui seront donnés pour mener à bien ses missions. En retour, il doit s’engager à mettre toutes ses compétences et ses connaissances au service du travail qui lui a été confié. Il ne faut pas s’y tromper : cette relation est exigeante. Elle n’interdit cependant pas à l’exploitant de partager de bons moments avec son équipe.

Propos recueillis par Ivan Logvenoff