«Beaucoup d’agriculteurs se sentent débordés dans leur travail, constate Patrick Lévecque, conseiller d’entreprise au CERFrance Nord Pas-de-Calais. Pour ne pas rester sous tension plusieurs semaines de suite, il est indispensable de mieux s’organiser. » Pour cela, il faut commencer par quantifier les besoins en heures de l’entreprise tout au long de l’année. CERFrance propose une méthode simple que Patrick Lévecque utilise depuis plusieurs années. Elle permet d’identifier de façon précise les périodes avec les plus forts besoins en main-d’œuvre, mais aussi de prendre du recul pour mieux réfléchir à sa méthode de travail et à son organisation.

Quantifier les heures de travail

Procéder atelier par atelier

Il est nécessaire d’être précis et de procéder atelier par atelier, et pour les productions végétales, culture par culture. L’idéal est de chiffrer les besoins par semaine ou par décade, puis de les ramener au mois. Il est important de bien intégrer l’ensemble des travaux, y compris les temps d’entretien et de réparation du matériel et des bâtiments, le transfert des animaux, la comptabilité et les tâches administratives, les rendez-vous, réunions, etc. que l’on pourra regrouper dans une rubrique « divers ».

Approche qualitative

Dans une exploitation, tout le monde n’a pas les compétences pour assurer tous les travaux. Un des associés ne sera pas du tout mécanicien, par exemple. Un autre sera incapable d’assurer un vêlage… Il faut donc prendre en compte de manière qualitative certaines tâches en les attribuant uniquement à ceux qui peuvent les assurer.

Ressources humaines existantes

Évaluer les heures de MO disponibles

Il faut ensuite chiffrer les heures de travail disponibles des chefs d’exploitation, des salariés et des stagiaires, sans oublier de soustraire les périodes de congés.

Croiser besoins et ressources

Le croisement des tableaux des besoins et des ressources permet de connaître avec précision les éventuels excédents ou manques de main-d’œuvre par rapport à celle nécessaire au bon fonctionnement de l’exploitation.

Plan d’actions

Plusieurs solutions

Pour répondre au surplus de travail identifié, la première solution est de vérifier si des heures supplémentaires, au cours de la période donnée, sont possibles et suffisantes. Si ce n’est pas le cas, il est possible d’anticiper ces périodes en faisant appel à un stagiaire ou à un saisonnier. Ou en déléguant une partie du travail à des prestataires extérieurs, pour la récolte des betteraves et des pommes de terre, par exemple.

L’analyse du surcroît de travail peut aussi conduire à la modification de son organisation, en investissant notamment dans une machine pour réduire les heures de travail consacrées à une tâche précise.

La définition de poste

En cas de recrutement, le fait d’avoir mesuré, atelier par atelier, les besoins en main-d’œuvre, permet de définir avec précision le profil du poste recherché et d’éviter les déceptions.

Blandine Cailliez
Expert
« À faire soi-même ou avec un conseiller » Patrick Lévecque, conseiller d’entreprise CERFrance Nord Pas-de-Calais

«Cette démarche peut être effectuée seul ou avec l’appui d’un conseiller. Elle nécessite au moins une demi-journée au bureau pour répertorier poste par poste les temps de travaux, et une deuxième demi-journée, voire davantage, pour les analyser et en discuter.

Le fait de faire appel à un tiers pour réaliser l’étude est intéressant dans le cas d’une exploitation qui compte plusieurs associés. Le conseiller apporte un regard neutre et permet de quantifier et d’analyser de manière objective les temps de travaux de chacun.

Mettre à plat ses charges de travail permet de prendre du recul par rapport à sa propre organisation. Un des freins de la démarche est qu’elle impose parfois une remise en cause de ses propres méthodes de travail. Pour la même taille d’entreprise et les mêmes productions, certains exploitants sont toujours débordés alors que d’autres non. Certains gèrent leur élevage laitier en 30 à 40 heures par vache et par an, d’autres auront besoin de 60 heures. La bonne organisation fait la différence. »