Pourquoi avoir fait le choix du compagnonnage qui n’existait pas jusqu’ici en agriculture ?

YH : L’agriculture manque de main-d’œuvre. Dans l’élevage, c’est l’un des freins principaux à la reprise et au développement. Il y a cinq ans, nous avons initié une réflexion autour de l’emploi. Et face à la montée en puissance du phénomène, nous avons créé un pôle réservé à cette problématique, que nous avions confié à Alexia Renvaze. Dans le même temps, une dizaine de pilotes en ressources humaines ont été désignés : techniciens d’élevage ou de qualité, ils consacrent une partie de leur temps à mettre en relation des éleveurs qui recrutent, avec des candidats. Ils vont notamment dans les écoles expliquer le métier d’éleveur. Nous avons ainsi pu satisfaire 50 % des besoins de nos adhérents. Il nous fallait aller encore plus loin, d’où l’idée du compagnonnage.

Quel intérêt pour un candidat d’intégrer un parcours de compagnonnage plutôt que de suivre un apprentissage classique ?

AR : Ce qui nous a plu dans le compagnonnage, ce sont les valeurs d’excellence qu’il véhicule, autour de la qualité, de la solidarité, de l’éducation, de la protection… qui sont très proches de nos valeurs collaboratives et coopératives. Pour un candidat, c’est être accueilli entre guillemets au sein d’une grande famille. C’est aussi être épaulé, sans être assisté. C’est encore pouvoir bénéficier d’un parcours relativement balisé, en fonction de ses affinités, pour découvrir et apprendre un métier.

Des prises en charge sont-elles prévues pour l’éleveur et le candidat ?

YH : Nous souhaitons réussir ce challenge, et mettons les moyens pour cela. Actuellement, nous finalisons le cahier des charges. Mais évidemment, il devrait prévoir notre implication financière. Parce que si nous voulons que l’éleveur consacre réellement du temps à transmettre son métier et à former, il faut que l’on puisse l’accompagner financièrement. Concernant les candidats, selon leur profil, nous pensons qu’il faudra aussi les accompagner dans leur formation au niveau des écoles. Nous réfléchissons donc à un système de prise en charge, partielle ou totale.

« Nous voulons faire du compagnonnage un outil de recrutement en agriculture. »

Il faut trouver des candidats et des éleveurs ? Comment allez-vous faire ?

AR : Nous connaissions déjà quelques éleveurs au sein du groupement, très pédagogues, qui ont l’habitude de prendre des jeunes en stage ou en alternance, nous les avons donc sollicités en priorité. D’autres sont venus d’eux-mêmes avec l’envie de partager leur expérience et de transmettre leur métier. Les pilotes RH de proximité poursuivent le travail sur le terrain pour expliquer le compagnonnage et repérer les éleveurs qui auraient envie d’intégrer la démarche. Car nous faisons bien entendu appel à tous les éleveurs. Concernant les candidats, nous recherchons tous les profils : ils peuvent être en formation agricole ou en reconversion professionnelle. Nous adapterons les parcours en fonction des niveaux. Et pour ceux qui auraient besoin de se « tester » avant de s’engager dans le processus, nous prévoyons de proposer une à deux semaines de stage sur notre ferme expérimentale dans les Côtes-d’Armor. Quelqu’un qui n’y connaît rien en agriculture ne sera pas disqualifié. Nous étudierons chaque profil et proposerons les parcours les plus adaptés.

Qui dit compagnonnage dit itinérance : quel parcours effectueront les candidats ? Se réduira-t-il au Grand Ouest ?

YH : Pas uniquement, nous avons la chance d’avoir des implantations dans le Grand Ouest, mais aussi dans des pays à l’étranger, en Chine, en Russie et une activité naissante en Côte-d’Ivoire. Nous ne voulons pas mettre un fil à la patte des candidats, en leur faisant signer un contrat qui, contre formation, les obligerait à rester 5 ou 10 ans au sein du groupement. Non, nous cherchons plutôt à faire qu’ils aient envie de rester.

Quand les premiers apprentis seront-ils lancés ?

AR : Les premiers candidats devraient débuter au printemps. Nous prévoyons qu’ils soient une dizaine de postulants pour une dizaine d’éleveurs au moment du lancement. Le but est évidemment de rallier tout le monde, et de faire de ce nouveau parcours, un outil de recrutement dans l’élevage. À travers le compagnonnage, notre ambition première est bien de former des techniciens en élevage. Mais qui sait, peut-être que certains se sentiront capables de s’installer.

Propos recueillis par Rosanne Aries