Pourquoi avoir embauché un kiné ?

Bernard Nicolaï : Sur les 72 hectares de pommiers et de poiriers que j’exploite à Vron, dans la Somme, j’emploie trente personnes à temps plein, sur toute l’année. À l’automne, ce chiffre explose, avec près de cent saisonniers supplémentaires. Mais le travail physique, imposé par les travaux du verger, décourage la plupart des employés en trois jours. Ils finissent souvent par démissionner. Je viens donc d’engager une kiné pour leur proposer une heure quotidienne d’échauffement. Ces séances ont pour objectif de changer leurs mauvaises habitudes et postures durant leur temps de travail, mais aussi à la maison. J’avais vu cela chez un autre exploitant, je m’en suis inspiré. J’ai été moi-même touché par une double hernie discale. Et j’ai compris que ces choses-là pouvaient être évitées en s’échauffant.

Comment s’est déroulée la première séance ?

Nous étions une quarantaine, une équipe réduite avant l’arrivée de l’ensemble des saisonniers. On s’est installé dans le hangar, tous en rond, et on a suivi les instructions et les mouvements de la kiné. On s’est même applaudi à la fin. J’ai expliqué à mes collaborateurs que ce réveil musculaire était obligatoire. Quelques-uns n’ont pas voulu s’y soumettre, j’ai échangé avec eux. Les mouvements proposés sont choisis d’après leur poste : si un salarié juge qu’il est incapable de les faire, j’estime alors qu’il est dangereux pour lui de travailler chez moi.

La méthode est-elle réellement efficace ?

J’habite la Région des Hauts-de-France où le chômage est le plus élevé de France. J’ai toujours du mal à trouver de la main-d’œuvre durant la pleine saison. J’y passe tout mon temps, c’est un enfer. Et une fois trouvées, les personnes s’en vont vite. L’année dernière, nous avons par exemple édité plus de quatre cents fiches de paye durant la saison, pour moins de cent postes. Depuis notre annonce d’embauche avec la mention du kiné et des échauffements, nous avons déjà reçu plus de 400 candidatures… Par ailleurs, à ce stade de la campagne, je peux dire que la moitié des vingt saisonniers présents seraient déjà partis. Mais cette année, ils sont toujours là. Est-ce que c’est dû à ces séances de bien-être ou à notre effort pour expliquer le métier ? Je ne sais pas, mais si ça pouvait durer, ça serait génial. On dit parfois que les gens sont fainéants, mais il faut aussi se remettre en question, et repenser nos métiers pour attirer les candidats.

À quel type de kiné avez-vous fait appel ?

Je suis allé voir la kiné locale. Elle est ensuite venue chez moi pour observer les postures des travailleurs, et proposer des exercices adaptés. Puis elle nous a formés, moi et trois autres collaborateurs. J’ai présenté l’idée en juin à toute l’équipe, à l’occasion du barbecue de fin d’année. Et nous avons commencé au début de l’été. Je souhaitais que tout soit opérationnel avant notre pic de travail. Il n’y a pour l’instant qu’une séance par jour, mais je souhaite passer à deux, une pour les gens qui cueillent ou emballent les fruits, et l’autre pour ceux qui travaillent derrière leur ordinateur.

Propos recueillis par Ivan Logvenoff