« J’adore mes parents. Mon père m’aide énormément. Mais aujourd’hui je veux qu’il profite de sa retraite. Ma mère et lui ont déjà fait beaucoup de sacrifices… C’est ce qui m’a motivé à recruter une alternante », explique Christophe Robin.

Volailles et grandes cultures

Quand il s’installe en 2012 à leurs côtés, l’exploitation familiale est spécialisée en polyculture : sur 210 ha à Sonchamp, dans les Yvelines, le couple produit du blé, du colza, de l’orge et de la féverole. Pour accueillir le fils et conserver la viabilité de l’exploitation à trois, une diversification s’impose. Et c’est un passage, durant son BTS, dans la Sarthe qui le fait se tourner vers la volaille.

« Nous avons la chance de vivre dans un bassin de consommation où les gens souhaitent parler avec leur producteur, ils veulent de la transparence. Ils la trouvent en venant à la ferme. » Christophe développe ainsi sa structure et vend ses poulets, élevés en plein air, aux boucheries alentour, à des restaurateurs, des petits revendeurs locaux, des comités d’entreprise et sur la ferme le samedi matin. Il dispose aussi de l’atelier de transformation montée par la chambre d’agriculture, auquel plusieurs producteurs de la région adhèrent.

Au total, il produit 4 500 volailles par an, et son activité lui assure 20 % de son chiffre d’affaires.

En attendant l’installation

Mais quand ses parents décident de partir à la retraite, il y a trois ans, Christophe se rend rapidement compte de la difficulté à tout mener de front : « Je voyais bien qu’entre les poulets, les livraisons, les champs, etc., ça allait être difficile pour une seule personne. » Il pense à l’alternance dont il a lui-même fait l’expérience chez Groupama, durant sa licence professionnelle à Tecomah.

De son côté, Louise, fille d’agriculteur dont la ferme est située à 15 km de celle des Robin, recherche un maître d’apprentissage. Après un BTS comme assistante de gestion, elle est partie durant six mois faire du woofing (1) en Angleterre. « Il a fallu que je parte pour me rendre compte que la ferme familiale me manquait », se souvient-elle.

À son retour, elle projette de s’installer aux côtés de son père, mais doit au préalable passer son BPREA qu’elle entreprend au CFPPA du lycée agricole de Chartres–La Saussaye. Alors qu’elle cherche un agriculteur susceptible de l’accueillir durant ces deux années de formation, elle rencontre Christophe. Mais la période est mauvaise : il propose de la prendre à l’essai durant l’été 2016 pour la moisson, « la pire année ! On la sentait venir : plus on avançait dans l’été, plus je me disais que je ne pourrais pas garder Louise après son essai. C’est finalement mon père qui m’a conseillé de la garder. La suite lui a donné raison ».

Mieux qu’un salarié à temps plein

« Louise est multitâche, elle bosse autant pour les cultures que l’élevage, elle est très impliquée, elle touche à tout et elle est curieuse, décrit Christophe. Elle est aussi complètement autonome. Elle a la fibre, elle voit le travail, je n’en aurai pas deux comme elle. Même un salarié à temps plein ne me donnerait pas ce résultat. C’est moi qui suis obligée de l’arrêter ou qui dois l’inciter à prendre des jours. Dans le même temps, elle est très franche. On se respecte. J’ai une exigence à son égard : quand ça ne va pas, je lui dis ».

L’engouement est réciproque : « Christophe prend le temps de transmettre, il voit toujours le côté positif, même en cas d’erreur, il est patient, commente Louise. Il me laisse aussi faire. Et si je ne l’ai pas vu dans la journée, il m’appelle en fin de journée pour faire le point. On fait toujours un bilan à un moment ou à un autre de la journée. »

Christophe l’a formée aux techniques agricoles, mais aussi à la comptabilité, aux démarches administratives : « Elle a vraiment intégré la vie de l’exploitation, elle me seconde. »

Priorité à l’exploitation

Le planning de Louise qui alterne les semaines sur l’exploitation et celles au lycée agricole est avant tout calé sur les saisons et le besoin de l’entreprise. « Par exemple, en octobre et novembre, elle a été quasiment là tous les jours. Globalement, son programme suit bien celui de l’exploitation. » Elle travaille de 9h00 à 17h00 avec une heure de pause le midi. « Elle mange avec la famille, mon épouse Laura qui est actuellement en congé de maternité s’entend aussi très bien avec elle. »

BPREA ou BTS

Après deux ans passés sur la ferme de Christophe, le stage de Louise arrive à son terme : « Elle arrête en juin et devrait s’installer avec son père en septembre. »

Fort de cette première expérience, l’exploitant prévoit de reprendre quelqu’un avec lui. « Mais pour le moment je n’ai fait aucune démarche. C’est pourtant une question qui me taraude la nuit, il faut que je m’en occupe. » Christophe envisage de passer directement par le lycée agricole de Chartres–La Saussaye : « Je préfère trouver quelqu’un en BPREA, comme Louise, plutôt qu’en BTS. Ils s’impliquent davantage, ils sont plus assidus, du fait de leur installation à venir. » Christophe n’envisage pas pour autant le long terme en engageant un salarié : « Ça n’est pas du tout le même budget. J’avais calculé sur les deux ans que l’apprentissage me coûterait 20 000 euros, et ça a été le cas, sachant qu’il y a une déduction d’impôts, et que dans l’Île-de-France, nous bénéficions en plus d’une aide de la région de 500 euros par an. »

« J’incite tout le monde à prendre des stagiaires. Travailler avec des jeunes, cela permet de se remettre en cause. Mon père a toujours pris des alternants, avant que je travaille sur l’exploitation. »

Louise va s’installer en polyculture à quelques kilomètres. « Nous continuerons à échanger », augure Christophe. Il prévoit même de la convier une fois par mois à venir manger en famille.

Rosanne Aries

(1) Le woofing consiste à travailler dans une ferme en échange du gîte et du couvert.