Malade, le père d’Anne-Cécile Suzanne décide en 2013 de recruter Guillaume. À la tête de 200 ha, dont 100 ha de céréales, et d’un troupeau de 240 blondes d’Aquitaine à Mauve-sur-Huisne, dans l’Orne, le chef d’exploitation voit son état de santé rapidement s’aggraver et ne peut plus exercer son activité comme avant. Sa fille vient l’épauler.

Reprise de l’exploitation

Malheureusement il décède quelques mois plus tard. Décidée à poursuivre son travail, Anne-Cécile reprend seule l’exploitation en 2014. Mais si elle a grandi dans une ferme, ses études qui l’ont menée vers le commerce, l’en ont aussi détourné. Malgré son attachement à la ferme et au troupeau, elle manque d’expérience et de compétences.

Anne-Cécile partage son temps entre son bureau à Paris et à la ferme familiale, dans l’Orne. ©I.Logvenoff/GFA

La jeune femme décide en outre de poursuivre ses études, à une centaine de kilomètres de la ferme. Elle passe le plus de temps possible sur la ferme. « Ça a été difficile, j’ai dû me remettre en question à maintes reprises », explique Anne-Cécile, âgée aujourd’hui de 28 ans. Actuellement, elle exerce une seconde activité professionnelle au sein d’un grand cabinet d’audit et de conseil, et parvient à être présente trois jours par semaine.

Les premiers mois ne sont pas faciles. Elle avance tête baissée et adopte avec son employé une position autoritaire.

Un climat tendu

De son côté, Guillaume a du mal à accepter que la jeune femme contrôle ses activités. « J’aime travailler de manière indépendante », confie celui-ci. Disposant du bagage professionnel nécessaire et d’une grande expérience, il a une autre idée de la gestion au quotidien de la ferme. Pour lui, certains choix de la patronne sont incompréhensibles. Dans un contexte économique serré, les conflits s’enchaînent.

1. Prendre conscience

Au bout de six mois, Anne-Cécile prend conscience de la nécessité de changer son comportement, malgré l’urgence et la difficulté de la situation professionnelle et personnelle pour elle. Elle risque de tout perdre, se renseigne, lit beaucoup et finit par desserrer les dents.

2. Faire confiance

Elle adopte une attitude plus sereine à l’égard de Guillaume, et la situation s’apaise assez vite entre eux. « J’ai mis de côté les soucis que j’avais pour éviter de les faire sentir à Guillaume. Nous nous sommes consacrés au boulot. »

Consciente de l’importance de son salarié pour la survie de l’exploitation, elle fait un pas significatif pour prendre en compte ses préoccupations. « J’ai investi pour son confort de travail, notamment en faisant refaire la cour pour faciliter les manœuvres des engins. Je ne voulais vraiment pas qu’il parte. »

3. Écouter

Anne Cécile apprend peu à peu à écouter Guillaume, à suivre ses propositions et à valoriser ses compétences. « Quand j’ai compris qu’il avait beaucoup de choses à apporter à l’exploitation, explique-t-elle, la situation s’est améliorée. Il a des connaissances terrain que je n’ai pas. »

Elle lui laisse une plus grande place dans les choix stratégiques. « Si on discute de ce qu’il y a à faire ensemble, on prend de meilleures décisions. » C’est en considérant aussi les besoins et sa manière de faire que l’équipe a commencé à se constituer.

4. Déléguer

Étant double active, Anne-Cécile a appris à faire confiance à Guillaume, en lui déléguant une grande partie des tâches. « Guillaume est très intéressé par les céréales, je lui ai donc laissé entière liberté sur ce volet », tandis qu’elle a pris en main l’élevage.

Face à la quantité de travail, elle décide de recruter Maxime en 2017 pour l’épauler.

5. Communiquer

Dans son autre métier, Anne-Cécile est libre de s’organiser comme elle le souhaite. L’agricultrice n’hésite donc pas à échanger le plus régulièrement possible avec Guillaume et Maxime. « J’essaye de rester joignable toute la journée, même au travail, explique-t-elle. Ce qui permet à mes salariés de me tenir au courant de tout par téléphone. »

Si le dernier mot revient à la jeune femme, la prise de décision est le plus souvent collégiale.

6. Mettre en place de nouveaux projets

La collaboration est aujourd’hui devenue si naturelle qu’Anne-Cécile considère Guillaume comme un véritable associé. En retour, celui-ci ne ménage pas ses efforts : « Je travaille comme je le ferais chez moi », explique-t-il.

Les difficultés sont désormais gérées sereinement, au fur et à mesure, et pourtant à distance. De nouveaux projets sont même envisagés, comme l’accueil de public, ou la vente directe.

Ivan Logvenoff