Ils ne portent pas de montre, et c’est pourtant une préoccupation de chaque instant : gagner du temps est un leitmotiv chez Jean-Claude Bretault et Vincent Ory, associés depuis janvier 2017 sur la ferme de la Bouillère, à La Pommeraye, dans le Maine-et-Loire. Les deux hommes se connaissent depuis longtemps, car le second a été salarié du premier pendant 15 ans, jusqu’à leur association. Ils réfléchissent, ensemble, à la manière d’améliorer leur temps de travail et leur organisation.

Vincent Ory, 39 ans, et Jean-Claude Bretault, 49 ans, sont associés depuis janvier 2017. © R. Aries/GFA

Vaches, cochons et céréales

Cette réflexion est d’autant plus grande chez eux que leur exploitation est en multiproductions : à la tête de 140 ha de céréales destinées à l’alimentation des bêtes, ils sont à la fois naisseurs-engraisseurs avec 78 truies, et éleveurs laitiers avec 810 000 litres de lait par an. Depuis le début de l’année, ils ont par ailleurs développé la vente directe à la ferme avec les porcs. Autant d’unités de travail sur lesquelles les deux associés emploient un salarié, un apprenti et un stagiaire.

De gauche à droite sur la photo : Valentin (apprenti), Jean (salarié), Jean-Claude Bretault (exploitant), Yohann (stagiaire, agenouillé) et Vincent Ory (exploitant) ©R.Aries/GFA

Un seul couloir à traverser

« La préoccupation de l’organisation ne date pas d’aujourd’hui », souligne Jean-Claude Bretault installé depuis 1991 sur la ferme familiale. Ses aînés lui ont montré la voie : « Les bâtiments ont toujours été construits de manière parallèle, afin de prévoir leur évolution, de pouvoir couvrir l’ensemble des bâtiments, de les regrouper, etc. Pour l’atelier laitier, tous les animaux sont sous le même toit. L’atelier porcin, idem. D’un point de vue surveillance et déplacement d’animaux, c’est du gain de temps. Il y a un couloir à traverser », décrit-il.

La ferme de la Bouillère produit 810 000 litres de lait par an. © R. Aries/GFA

Des outils à la pointe

À la manière des pionniers, leurs engins et outils sont aussi régulièrement révisés, au cas où leur efficacité pourrait être encore améliorée. Les deux associés aimeraient notamment installer une caméra sur leur robot de traite, et ils ont récemment transformé une cuve de fuel en une sorte de trémie, pour remplir les sacs. « C’est génial pour nous ! On n’a plus besoin d’être à deux », explique Vincent Ory. Les prototypes sont légion à la ferme de la Bouillère. Et le temps, on l’aura compris, est très précieux.

Le calcul de la rentabilité horaire

Aussi, quand Armand Sachot, Matthieu Carpentier et Simon Denonnain, trois étudiants en cinquième année d’ingénieur à l’ESA d’Angers et fils d’agriculteurs en Vendée, dans la Seine-Maritime et l’Indre-et-Loire, leur ont proposé de tester l’application qu’ils ont mise au point, les deux exploitants n’ont pas hésité. Destinée à mieux gérer le quotidien, Aptimiz a pour vocation d’améliorer la rentabilité horaire, l’organisation et la qualité de vie des exploitants. « L’idée, c’est de faire avancer les choses. Nous allons commencer à tester l’outil en juillet, précise Jean-Claude Bretault. Nous leur faisons confiance, nous cherchons des solutions, ça peut être celle-ci. »

Âgés de 23 ans, Simon Denonnain, Matthieu Carpentier et Armand Sachot, étudiants à l’ESA d’Angers, ont mis au point l’application Aptimiz. © R. Aries/GFA

Du temps pour un nouvel atelier

Les deux éleveurs espèrent, avec l’application, mesurer leur temps de travail « et le mettre en lien avec le calcul de nos marges. Aujourd’hui, on n’est que sur des estimations, déplore Vincent Ory. Il nous manque des éléments et le fait d’être en multiproductions, ce n’est pas évident. » L’autre objectif, « c’est de pouvoir se dégager du temps pour développer une nouvelle activité », reprend Jean-Claude Bretault, qui aimerait aussi passer plus de moments en famille.

Par géolocalisation

« Nous avons développé une application de captation et d’analyse de la donnée agricole par géoréférencement des déplacements, pour permettre aux agriculteurs d’optimiser leur temps de travail. Avec leur smartphone, ils seront ainsi en mesure de déterminer le temps qu’ils allouent à chaque tâche, explique Armand Sachot. L’appli peut aussi bien être utilisée par l’exploitant que ses salariés. » Sur la ferme de Pommeraye, tous disposeront en effet de l’application. « Nous leur avons demandé s’ils étaient d’accord, poursuit Jean-Claude Bretault. Évidemment, au départ, ils ont été surpris. Mais comme on a l’habitude de discuter avec eux, et de les impliquer dans nos décisions, ils sont partants pour l’expérience. »

Des développements en cours

Les agriculteurs n’auront pas de données à saisir au quotidien. Et ils pourront à la fin de leur journée visualiser sur l’ordinateur le temps alloué à chaque tâche, ainsi que des résultats d’analyse comme la rentabilité horaire. Plusieurs développements sont déjà prévus sur l’outil d’ici à la fin de l’année, comme la possibilité de se comparer, de manière anonyme. « Nous réfléchissons aussi à un simulateur susceptible d’évaluer la faisabilité temporelle et la rentabilité horaire d’un nouvel investissement sur l’exploitation », précise Matthieu Carpentier.

Jean-Claude Bretault et Vincent Ory ont, quant à eux, déjà quelques demandes : « Ce serait bien si l’outil pouvait distinguer le temps du paillage de celui de la surveillance. » Le défi est lancé pour les trois étudiants, déjà renforcés par leur premier prix du hackathon AgTech de l’école 42 (fondée par Xavier Niel, patron de Free) et le premier prix In Vivo Quest 2017.

Plusieurs dizaines d’agriculteurs devraient essayer la version test de leur application à partir de cet été.

Rosanne Aries