« Je ne veux pas que ce soit une habitude, comme un acquis qui reviendrait tous les ans, explique Noël Besnier. Les primes doivent correspondre à un résultat économique qui fait que Sylvain se sente concerné par le sort de l’exploitation ».

Producteurs de porcs et de grandes cultures à Argentré en Mayenne, Noël Besnier a fait ses armes d’employeur avec Sylvain Lelandais qu’il a engagé en 2005. « Mon exploitation était en pleine croissance. J’avais besoin d’une autre personne, mais je ne pouvais pas lui promettre la lune en salaire. Alors dès le départ j’ai plutôt misé sur de bonnes conditions de travail », explique Noël.

Et la formule a tout de suite plu à Sylvain : après plusieurs années de salariat au sein d’une maternité collective en Normandie, il rêvait « d’un rythme différent et de relations plus humaines ». Sylvain souhaitait aussi revenir près de sa famille qui vit en Mayenne : « Je ne voulais plus d’un travail et d’une conduite à la semaine. Dans une maternité, c’est du lavage à la semaine, du naissage à la semaine… C’est un peu répétitif. J’ai quand même passé deux entretiens, l’un chez Noël et l’autre dans une maternité du département ». Seul le salaire plus élevé dans la structure collective aurait pu le faire hésiter… « Pas longtemps en réalité, j’ai appelé Noël très vite ».

Un salaire moins élevé

Et pour un salaire moins élevé qu’à son précédent poste, Sylvain assure aujourd’hui aussi bien l’élevage que le travail au champ : naisseurs-engraisseurs avec 170 truies, les deux hommes sont polyvalents et se relaient dans la porcherie, comme sur les 150 hectares de la ferme : à respectivement 48 ans et 34 ans, Noël et Sylvain forment un duo évident. « Sylvain connaît l’exploitation aussi bien que moi ». L’entente et la proximité sont fortes entre les deux hommes qui se complètent jusque dans leurs phrases. Leur retenue se traduit dans un vouvoiement qui surprendrait presque. Des tensions peuvent cependant exister, « mais pas au point de ne pas se parler », souligne Sylvain qui a droit de regard sur les chiffres de l’entreprise : « Je sais où on va, Noël m’associe parfois aux décisions, ça me convient bien. Mes parents sont agriculteurs, ils seront bientôt à la retraite, je sais ce que sont les responsabilités et je n’en veux pour rien au monde ».

Des primes exceptionnelles

Quant à la rémunération, ils ont su aussi trouver la bonne mesure : « Dès le départ, j’ai indiqué à Sylvain qu’il percevrait des primes de manière ponctuelle, suivant le résultat de l’exploitation », reprend Noël. Et depuis qu’il est arrivé, Sylvain touche deux à trois primes par an qui correspondant chacune à 20 % de son salaire. « C’est l’avantage de faire du porc et des grandes cultures. Pour le moment, on parvient toujours à retomber sur nos pieds », poursuit-il. Ces primes ne figurent pas sur le contrat de travail de Sylvain. « C’est simple chez nous, encore une fois, elles sont versées fonction des résultats de l’exploitation. Des résultats économiques et pas seulement techniques, précise Noël. On peut sevrer un maximum de porcelets, sans pour autant qu’ils sortent de l’engraissement. Je juge sur un ensemble ».

En général, Sylvain perçoit ces primes exceptionnelles, dites de gratification (1) ou encore bénévoles, en juillet et en août, « au moment où on fait le plus d’heures », ainsi qu’à la fin de l’année. « Ces primes me conviennent bien, explique-t-il. Pour tout dire, je n’y pense pas quand je travaille, c’est une somme qui vient en plus sur mon salaire à certains moments de l’année. Et c’est une somme sur laquelle je ne compte pas en réalité. Ces primes, c’est comme une bonne surprise à chaque fois ».

Un plan épargne entreprise « pour payer la maison »

Sylvain dispose aussi d’un plan épargne entreprise. Ouvert par Noël Besnier, ce compte vise à lui permettre de réaliser un projet à court ou moyen terme (achat immobilier, acquisition d’une voiture, mariage…) ou de préparer sa retraite. Sylvain y verse ainsi chaque année une somme d’argent, dans la limite de 25 % de son salaire annuel brut. Et parce qu’il l’a décidé, Noël complète les sommes versées avec un « abondement » dans la limite de 300 % du versement par an. Les sommes sont indisponibles pendant au moins 5 ans, sauf cas de déblocages exceptionnels comme ce fut le cas pour Sylvain quand il a fait construire sa maison. Ces sommes bloquées ne sont pas fiscalisées si elles sont débloquées dans les délais requis.

Sylvain habite désormais à 5 km de la ferme. Il devrait passer Noël en famille cette année, Noël assurera la permanence. « Mais si les fêtes tombaient un jour de mise bas ou de sevrage, on aurait bossé tous les deux », rappellent-ils en chœur. Sylvain devrait bénéficier par ailleurs d’un bon d’achat pour les fêtes et « d’un petit paquet comme chaque année ».

Rosanne Aries

Les primes dites de gratification sont soumises à cotisations sociales mais ne sont pas prises en compte pour apprécier si le salarié est bien rémunéré à hauteur du Smic. Il n’en est pas non plus tenu compte dans le calcul de la majoration pour heures supplémentaires, ni dans celui de l’indemnité de congés payés.