Sur la ferme familiale qui produit 1 500 tonnes de légumes par an, Frédérique Malassé s’occupe du volet administratif. Elle gère notamment la paye. Cette tâche est le plus souvent déléguée sur les exploitations. Mais l’agricultrice de 54 ans – qui travaille avec son mari, François, chargé de la production, et son fils Henri, qui s’occupe de la gestion du personnel – n’a jamais souhaité passer la main sur ce sujet.

Frédérique Malassé et son fils, Henri, 29 ans. Il a intégré l’exploitation familiale en 2017 et est en charge de la gestion du personnel. © R. Aries/GFA

« Sur une exploitation comme la nôtre qui compte une soixantaine de salariés, ça nous coûterait trop cher. Puis nous aimons bien, à la fin du mois, connaître les heures travaillées, et tous les chiffres en général. C’est important de garder la maîtrise de son entreprise. Pour cela, je travaille avec les logiciels d’Isagri depuis plus de dix ans. » Depuis l’année dernière, elle emploie aussi une comptable, Nicole, pour l’épauler face à la croissance de leur activité. Elle est par ailleurs accompagnée par un expert-comptable.

La réforme du prélèvement à la source, c’est aussi son affaire. Même philosophie : « Avec 20 permanents et 45 saisonniers, on n’a pas le choix, et on n’est jamais mieux servi que par soi-même. » C’est l’effectif que nécessite l’exploitation familiale dénommée Les Jardins Vitrés, qui se transmet de génération en génération depuis 1750. Située sur la commune de La Maxe, au cœur de la Moselle, elle s’étend sur 10 ha de plein champ (salade, persil, courgette…) et 3 ha de serre (concombre, tomate, fraise, poivron, aubergine). « Nous ne voulons pas laisser de place au hasard », poursuit Frédérique.

La famille Malassé emploie sur son EARL vingt permanents et quarante-cinq saisonniers. © R. Aries/GFA
Les Jardins Vitrés s’étendent sur 10 ha de plein champ et 3 ha de serre. Alexis est l’un des vingt permanents employés sur l’exploitation. © R. Aries/GFA

1. Anticiper

Comme pour la mise en place de la déclaration sociale nominative (DSN), l’exploitante cherche ainsi à anticiper cette nouvelle réforme. « Avec la DSN, cela s’est très bien passé. J’ai commencé à la mettre en place avec Isagri en 2015. Stéphane Ravart, qui m’accompagne, m’a conseillé de ne pas attendre. On a été pionniers : on y a travaillé dès octobre 2015 avec la DSN, alors qu’elle n’était pas encore obligatoire. » Une première expérience qui a laissé Frédérique sereine pour la suite : « Au fond, pour le prélèvement à la source, je sais que ça ne va pas être compliqué, parce que j’ai quelqu’un derrière moi. Je peux appeler quand je veux. »

Stéphane Ravart, formateur et coordinateur pour Isagri, conseille Frédérique depuis dix ans sur le logiciel Isapaye notamment. © R. Aries/GFA

2. Se renseigner

La réforme ne nécessitera pas d’intervention spéciale. Comme l’explique Frédérique, le logiciel de paye a été paramétré en amont : « Comme pour la DSN, j’ai compris qu’il me suffirait de mettre mon ordinateur en route, et de suivre les indications qui me seraient données. De bien connaître le principe de la réforme va aussi m’aider. » Pour se renseigner, elle s’est appuyée sur les courriers et les annonces de son éditeur, elle en a également discuté avec son expert-comptable.

« Les entreprises vont recevoir en septembre et octobre le taux de prélèvement pour chacun de leurs salariés via la DSN sur le volet du compte rendu métier (CRM). Ils n’auront pas à les ressaisir mais juste à les importer, précise Stéphane Ravart, formateur d’Isagri. S’ils ne l’ont pas, ils pourront le trouver sur la plateforme Topaze qui sera prête d’ici à la fin de l’année, ou appliquer un barème standard. L’Administration fera ensuite la régularisation auprès du salarié en fin d’année. »

La famille Malassé emploie également deux permanents et un saisonnier sur son magasin à la ferme. © R. Aries/GFA

3. Communiquer

« Ce qui me fait le plus peur, ce n’est pas la saisie des taux, mais c’est de faire comprendre la réforme à mes salariés, reprend Frédérique. Les payes ne sont pas élevées en agriculture… Il va falloir bien communiquer. » Pour ce faire, elle prévoit de s’appuyer sur des simulations de bulletins de salaire proposés par son logiciel de paye. Si la réforme est effective au 1er janvier 2019, il lui est possible dès maintenant de présenter à ses salariés le montant du salaire qu’ils percevront une fois le prélèvement appliqué.

Pour Frédérique, ces préfigurations sont un précieux outil, d’autant plus qu’elle emploie beaucoup d’étrangers avec qui la communication n’est pas toujours simple. « Albanais, Kosovars, Macédoniens… L’année dernière, on a eu quinze nationalités différentes sur l’exploitation. Ce n’est pas évident de se faire comprendre, les simulations me seront indispensables. »

Elle envisage de les leur présenter ce mois-ci et de communiquer régulièrement avec eux sur le sujet d’ici au 1er janvier. « L’avantage est que la réforme arrive en début d’année, ajoute l’exploitante. On ne sera pas dans la haute saison, ça peut nous laisser du temps pour nous adapter. »

L’entrée en vigueur du prélèvement à la source est en effet programmée au 1er janvier 2019.

Rosanne Aries