En Pologne, les employeurs bénéficient depuis le 1er janvier 2018 d’un nouveau dispositif pour embaucher de la main-d’œuvre saisonnière étrangère. Ce permis de travail, réservé aux secteurs de l’agriculture, de l’horticulture et du tourisme, a pour objectif de faciliter leurs démarches, selon le gouvernement polonais.

Dans les faits, la réforme s’impose en réalité au pays, puisqu’elle fait suite à une directive européenne adoptée en 2014. Son but est « d’éviter la transformation de séjours temporaires en séjours permanents », souligne l’Union européenne. Si la France peine de son côté à transposer ce texte – elle fait l’objet d’une procédure d’infraction –, la Pologne y a vu de son côté une opportunité face aux difficultés de recrutement. Avec un taux de chômage tombé en dessous de 4 %, le pays est en effet confronté à une pénurie de main-d’œuvre de plus en plus sévère. Et ce permis tombe à pic.

Un permis valable pendant trois saisons

Dans la région de Łódź, au centre du pays, Marek dirige une exploitation de pommiers, de fraisiers et de cerisiers. Chaque année, il emploie une quinzaine de cueilleurs de fraises – des saisonniers.

Cet été, pour la première fois, il a dû faire appel à des étrangers. « La Pologne s’enrichit, et en raison des nouvelles aides sociales offertes par le gouvernement, travailler n’est plus rentable pour tout le monde », explique-t-il.

Grâce à des intermédiaires, il a trouvé des Ukrainiens déjà présents sur le territoire polonais et prêts à travailler. Avec plus d’un million de ressortissants, cette nationalité est de très loin la plus représentée parmi les étrangers vivant en Pologne, mais pour les agriculteurs, il est difficile de les embaucher de façon légale.

La période d’embauche peut aller jusqu’à 9 mois par an, au lieu de 6 mois auparavant.

Depuis le 1er janvier 2018, Marek a recours à cette nouvelle procédure, obligatoire dans son secteur. Au premier abord, elle paraît simple : l’employeur désireux de faire appel à un travailleur saisonnier étranger doit déposer une demande de permis auprès du Pôle emploi local en précisant les tâches, le salaire, le volume horaire et la période d’embauche pouvant aller jusqu’à 9 mois par an, au lieu de 6 auparavant. Si le travailleur est de nationalité arménienne, biélorusse, géorgienne, moldave, ukrainienne ou russe, l’employeur n’a même pas besoin de démontrer l’absence de candidats alternatifs sur le marché de l’emploi local. Pour ces ressortissants, le permis peut par ailleurs être délivré d’emblée pour trois saisons (trois ans).

Mais une Administration qui peine à suivre

Mais, si l’idée apparaît intéressante sur le papier, à l’usage, Marek estime que des ajustements sont indispensables, notamment concernant les délais. Une agence Pôle Emploi dispose de 7 jours ouvrables, soit « en pratique 10 jours calendaires », pour délivrer le permis. C’est beaucoup trop, estime Marek. Dans les régions les plus engorgées, ce délai atteint jusqu’à 3 semaines, ajoute l’Association des producteurs de fruits (ZSRP). Or, pendant ce temps, l’intéressé n’a pas le droit de travailler. Mais les étrangers viennent souvent dans l’optique de rentabiliser au maximum leur séjour avant de repartir dans leur pays d’origine. Ils disparaissent donc dans la nature avant que leur employeur n’ait obtenu pour eux leur permis de travail.

Outre le manque à gagner pour les salariés – chez Marek, la journée de cueillette est rémunérée aux alentours de 60 euros –, ces lenteurs administratives font perdre aux producteurs une partie des récoltes, en particulier dans le cas de fruits fragiles comme les fraises. L’agriculteur polonais commence à regretter l’ancienne procédure paradoxalement plus rapide et qui reste en vigueur pour tous les autres secteurs (en dehors de l’agriculture, de l’horticulture et du tourisme).

Moins de la moitié des demandes traitées

D’une façon plus générale, les représentants de la profession agricole ne remettent pas en cause le principe du nouveau permis pour les travailleurs saisonniers. Ils en dénoncent en revanche les modalités d’application par l’administration polonaise. Outre les délais d’examen des dossiers, sont pointés du doigt la capacité fixe des traitements de demande, même durant le pic d’activité de mai à septembre, ainsi que les frais de dossier de 7 euros (30 zlotys) jugés trop élevés par les petits exploitants. Résultat : au 30 juin, alors que les Pôles emploi avaient reçu 147 000 demandes de permis de travail saisonnier pour des ressortissants étrangers, ils n’en avaient délivré que 58 000.

Romain Su, correspondant à Varsovie

Marek souhaite rester anonyme pour ne pas froisser le Pôle emploi local.