« Quand je pars, je ne me fais aucun souci. » Éleveur laitier sur 66 hectares au Roucan-bas, dans le sud de l’Aveyron, Vincent Guilloth affiche une confiance solide en Linda Raspail, l’agent de remplacement qui vient l’aider sur la ferme depuis deux ans.

C’est un problème de santé de son épouse qui a conduit Vincent, il y a six ans, à se poser pour la première fois la question du remplacement. À l’époque, il travaillait seul sur l’exploitation.

Ma femme, salariée du public, a eu un problème de santé. Ça nous a interpellés : et si ça avait été moi, en tant qu’agriculteur ?Vincent Guilloth

Il n’y a pas de mauvaise raison de se faire remplacer

L’assureur de Vincent, Groupama, lui propose peu après un contrat prévoyant un remplacement en cas de maladie, pour une durée allant jusqu’à un mois et demi. « J’ai ensuite contacté le service de remplacement qui m’a expliqué que si je voulais un remplaçant, il fallait que j’essaye de le faire travailler toute l’année, et pas seulement en cas de problème de santé. »

Entre ses congés, ses formations, le développement de l’exploitation, ou encore les mandats associatifs et syndicaux qu’il exerce, Vincent se fait aujourd’hui remplacer environ un mois par an. Et, malgré l’installation il y a deux ans de son fils Elian, en Gaec à ses côtés, le système perdure.

Clé n° 1 : Présenter l’exploitation

En 2016, Vincent a suivi une formation coorganisée par l’association de remplacement et la MSA, qui lui a apporté des clés élémentaires pour mieux accueillir les remplaçants, et notamment un premier tour d’exploitation, afin de montrer l’emplacement du compteur électrique, ou de la vanne d’eau.

Même les choses les plus évidentes doivent être expliquées au remplaçant.Vincent Guilloth

Vincent a également appris à mesurer son temps, pour mieux distribuer le travail aux remplaçants. « Nous, on fait une certaine tâche en une heure ou deux, mais l’agent qui connaît moins bien l’exploitation va peut-être mettre deux ou trois heures. Tout ça il faut le quantifier, et l’évaluer. »

Charge alors à l’exploitant de consacrer du temps, avant l’arrivée du remplaçant, à faire la liste des tâches et à les décrire le plus précisément possible. « C’est compliqué, mais en se creusant, la tête, on y arrive. »

Clé n° 2 : Identifier les spécificités de l’exploitation

Linda arrive sur l’exploitation peu après cette formation, et Vincent met tout de suite en pratique les enseignements reçus. « On a d’abord travaillé ensemble pendant une semaine, raconte Linda, puis je suis venue quelques jours, de temps en temps, jusqu’à devenir autonome sur l’exploitation. » Au cours de ces journées, elle réalise des fiches, où elle inscrit toutes les indications de Vincent.

Dans chaque exploitation, je note les étapes du travail qui sont souvent très différentes.Linda Raspail

Autres éléments relevés par la jeune femme : les codes de couleur, les indications en cas de problème, et toutes les directives d’alimentation, ainsi que l’emplacement des animaux lorsqu’ils sont répartis sur plusieurs sites.

Extrait des fiches réalisées par Linda sur l’exploitation de Vincent. © I.L./GFA

Ce système permet aujourd’hui à Vincent, lorsqu’un nouvel agent arrive, de lui transmettre rapidement les principales directives quant à la gestion quotidienne de la ferme. « Les exploitations ne sont jamais les mêmes, souligne Linda, et en tant que remplaçant, il faut une grande adaptabilité. »

Clé n° 3 : Définir des missions claires et adapter ses pratiques

« Nous, en élevage laitier, la priorité, c’est la traite, avec la qualité du lait et le soin aux animaux. » Mieux gérer son remplaçant, selon Vincent, c’est ainsi définir des missions claires, mais également donner des priorités, afin de permettre à l’agent d’organiser au mieux ses journées.

« On essaie de lui laisser l’exploitation dans le meilleur état possible. » Fuites d’eau, problèmes de tracteur, vaches à tarir : Vincent résout dès que possible les dysfonctionnements de son exploitation avant l’arrivée de l’agent.

L’éleveur a également simplifié son exploitation sur le plan technique, en mettant en place un distributeur de concentré, ou en automatisant le lavage de la machine à traire. « Comme ça, explique Vincent, l’agent n’a pas à se tracasser, et il peut se concentrer sur autre chose. »

Clé n° 4 : Créer ses propres outils de suivi

Avant de venir remplacer Vincent, Linda fait toujours un point avec lui. « Nous nous voyons avant, explique la jeune femme, ou nous échangeons sur les tâches à effectuer par écrit ou par téléphone. » Ce système informel se double d’un tableau Weleda, dans le local technique.

Le tableau de suivi des tâches chez Vincent. © I.L./GFA

Lorsque Vincent quitte la ferme, il note sur ce tableau les anomalies sur le troupeau, dans le bâtiment. Et pour faire face aux urgences, il reste toujours disponible grâce au téléphone portable. « Il y a tout de même des choses, estime-t-il, qu’on ne peut pas décider sans un avis du propriétaire de l’exploitation. »

À l’issue de sa période de remplacement, Linda transmet un bilan à l’éleveur. « Je laisse une feuille avec les tâches que je n’ai pas réalisées, ou celles que je n’ai terminées. » Un point final essentiel pour que l’exploitant puisse reprendre sereinement les rênes de sa ferme.

Êtes-vous prêt à déléguer ?

« Ce n’est pas toujours facile, observe Linda, d’accepter de travailler avec quelqu’un d’autre quand on a des habitudes dans un cadre familial. Certains éleveurs ont parfois du mal à abandonner leurs fermes. » Mais la discussion et le partage des tâches permettent, d’après elle, de lever ces réticences.

Linda en salle de traite. © I.L./GFA

« Je travaille avec les agriculteurs pendant plusieurs jours, et j’essaye d’échanger sur les méthodes, sur les façons de faire. Il faut tout faire pour mieux se comprendre, et se faire confiance. » Un processus qui, selon les caractères et les situations, peut prendre du temps.

Comment ça marche ?

Vincent envoie sa demande au gestionnaire du service de remplacement, qui dépêche alors un agent, selon les disponibilités. « La priorité, explique Linda, est donnée aux personnes seules sur l’exploitation, ainsi qu’aux maladies et aux accidents. » Pour les congés en revanche, les agriculteurs qui anticipent le plus sont favorisés : premier arrivé, premier servi.

Une journée de remplacement, pour Vincent, coûte 160 €, mais elle est financée à hauteur de 105 € par la Région Occitanie lorsqu’il s’absente pour des formations. Et dans toutes les Régions, 14 jours de remplacement par an sont éligibles au crédit d’impôt.

Clé n° 5 : Fidéliser ses remplaçants en restant souple

Vincent préfère travailler avec Linda, qui connaît bien désormais l’exploitation et les bêtes. « Avoir toujours la même personne, rappelle-t-il, permet d’éviter d’expliquer le travail routinier. » Mais dans certaines situations, et surtout en cas d’urgence, il reste prêt à travailler avec d’autres personnes. « Pour des pics de travail, comme l’ensilage, on est obligés de faire appel à d’autres agents. »

Interrogé sur sa manière d’évaluer la compétence de ses agents de remplacement, Vincent se tourne vers le patois. « Il y a un vieux terme occitan, on dit le biais, c’est quand une personne montre qu’elle comprend le travail. Et à partir de là, on est rassuré. » Autrement dit, comme avec un employé, c’est bien la clarté et la confiance qui doivent être recherchées dans la relation entre un exploitant et son remplaçant.

Ivan Logvenoff