Il maîtrise tous les maillons de la chaîne : à 57 ans, Francis Lebon est ce qu’on appelle un homme de filière. À la tête d’une exploitation céréalière de 220 hectares, à Magny-Fouchard, dans l’Aube, d’un élevage de porcs (post-sevreur et engraisseur), d’une société de commerce qui fait de la cheville depuis une trentaine d’années et des boucheries, il a su mettre au point toute une filière bouchère dans l’Aube.

« Ça s’est fait au fil du temps, et par hasard souvent », précise-t-il. Mais l’homme qui aime faire oublier l’effort, est en réalité un stakhanoviste du chiffre. Tableaux Excel, prévisionnels, calculs en tout genre : son bureau et ses murs en sont jonchés. « C’est vrai qu’à part compter, j’ai du mal à faire autre chose. » En réalité, il combine tous les métiers et celui d’agriculteur en premier.

Du naissage à la vente

Toutefois, « longtemps, on s’est usé en ne faisant que de l’élevage, se souvient Francis Lebon, qui s’est installé en 1981 sur la ferme familiale. Aujourd’hui, ce qui me plaît, c’est d’entreprendre, d’avancer en projets. » Et les tableaux de calculs, comme celui des congés, lui permettent de mieux s’organiser. Il faut dire que les différents sites sont répartis sur plusieurs communes – jusqu’au magasin de vente à Troyes, et qu’ils comptent au total une trentaine de salariés, avec 5 à 6 métiers différents. Cela lui impose de la polyvalence, c’est aussi ce qu’il demande à ses salariés.

Des salariés sur plusieurs structures

Pour la partie relative à la production, céréalière comme porcine, Francis Lebon a ainsi créé un groupement d’employeurs qui réunit trois salariés. « Ils savent tout faire et travaillent sur plusieurs structures, sur les exploitations notamment, ils assurent aussi le transport de la viande. Pour une bonne cohésion, il faut de la souplesse. » Sa société de commerce compte 25 salariés, répartis en plusieurs points de vente. Il emploie par ailleurs des saisonniers. Soit, au total, une trentaine de salariés.

Donner du lest

« Tous les salariés sont traités de la même façon. Ce sont des métiers très différents, mais le management est le même pour tous : je délègue beaucoup, je travaille avec des référents, c’est un management de résultats. Ils ont des objectifs, c’est à eux de réfléchir à la manière d’y parvenir, et de demander les moyens qu’il leur faut s’ils ont besoin pour les atteindre. Je n’essaie pas de tout maîtriser. Évidemment qu’il est difficile de déléguer et de ne pas trouver quelque chose qui ne va pas quand ça n’est pas vous qui le faites. Mais il faut l’accepter. » Même s’il ne partage pas le quotidien de ses salariés, il fait en sorte de les voir une à deux fois par semaine, « pour mettre de l’huile dans les rouages », explique-t-il. « L’écoute est importante. En cas de problème, relationnel ou de moyens, il est important de prendre le temps de les régler. »

« Garder les bons »

« Plus on est à l’aise financièrement, plus on est à l’aise en management, à recruter, voire à se séparer », poursuit Francis Lebon. Quand il embauche, il se donne du mal, précise-t-il aussi, en refusant d’aller à la facilité, « en engageant le copain du cousin par exemple ». « Il faut aussi mettre les gens à la bonne place. J’ai rencontré un salarié qui a postulé pour un profil de plonge, je lui ai proposé la vente – il me semble plus approprié pour ce poste –, je lui ai donc proposé une formation. J’essaie. » Si tous les salariés sont en CDI, l’embauche se fait avec un CDD d’un mois pour tous, sauf pour les bouchers « qui sont très difficiles à recruter. Ceux-là, c’est directement en CDI ».

Mais pour Francis Lebon, le secret, avant de penser à embaucher, c’est surtout de prendre le temps « garder les bons et de bien s’en occuper ».

Rosanne Aries