« J’ai dit à Loïc de manœuvrer la bétaillère devant le bâtiment pour qu’on puisse y charger des bêtes. Il s’y est repris à plusieurs fois… Mais il a réussi ! »

Sur l’exploitation de polyculture-élevage de Laurent Tarral, à Oberwisse, en Moselle, Loïc Fancon est amené à prendre en charge des tâches variées. Pas toujours évident pour le jeune homme qui n’est pas du tout d’origine agricole, mais la bonne volonté est là. Loïc est salarié chez Laurent Tarral grâce à un dispositif mis en place par le conseil départemental : faire travailler sur des exploitations des personnes titulaires du RSA.

20 heures par semaine

Les contrats sont de 20 heures par semaine, payés sur la base du Smic horaire. Le conseil départemental prend en charge 80 % du salaire. « Sans ce gros coup de pouce financier, ce serait impossible pour moi », confirme Laurent Tarral.

Loïc, quant à lui, a un itinéraire professionnel compliqué – il a fait plusieurs métiers manuels sans se fixer – mais espère ainsi rebondir. « La démarche montre que nous ne sommes pas des assistés, que nous avons la volonté de nous en sortir », souligne le jeune homme. Un bon booster pour la confiance en soi, souvent mise à mal, lorsque l’on est au RSA…

Prise en charge du volet administratif

Pierre Hamen est le directeur du service de la solidarité et de l'action sociale au conseil départemental. Il a en charge la mise en place et le suivi du dispositif.

« Nous avions fait parvenir un questionnaire à tous les agriculteurs de la Moselle au début de l’année afin de savoir s’ils avaient des besoins en main-d’œuvre. Environ 150 nous ont répondu par l’affirmative, majoritairement des polyculteurs-éleveurs, explique-t-il. Les premiers contrats ont été signés à la mi-août. Il y a actuellement une quarantaine de personnes qui en bénéficient. Nous espérons parvenir à 50 d’ici à la fin de l’année. Ce sont des personnes au profil varié, de 20 à 50 ans, avec souvent des accidents de la vie, maladie, divorce, etc. Un parcours professionnel chaotique. Pendant la durée du contrat, car il s’agit bien d’un contrat de travail, le versement du RSA est suspendu. Nous prenons également en charge toute la partie administrative, qui reste très limitée pour l’employeur. »

Une évaluation après six mois

Dominique Charpentier est maraîcher avec son épouse à Grostenquin, sur 3,5 ha de plein champ et 1 500 m² de serres. Depuis trois mois, il a embauché deux personnes dans le cadre de cette mesure.

« Cela nous permet de nous dégager du temps pour l’administratif et pour notre projet qui est de développer notre activité de façon importante, avec un Jardin de Cocagne. » Et il arrive que le nouveau salarié apporte un réel plus : « Un des jeunes a des compétences en informatique, explique le maraîcher. Il nous conçoit actuellement un site internet pour la vente. »

Le dispositif est mis en place pour six mois. Il fera l’objet d’une évaluation, du côté des employeurs et côté employés. « Nous prendrons ensuite la décision de poursuivre ou non, explique Patrick Weiten, président du conseil départemental. Plutôt que de verser des allocations, certes vitales, il est plus satisfaisant pour nous d’aider des personnes à reprendre pied dans la vie professionnelle, tout en soulageant des exploitants agricoles. »

Dominique Péronne