Imprimer Envoyer par mail

Le technicien devient chef de culture et manager

Ludovic Paris, chef de culture dans le Tarn-et-Garonne, a suivi une formation en management organisée par le service de santé et de sécurité au travail de la MSA Midi-Pyrénées Nord. © DR

Technicien agricole depuis dix ans en arboriculture, Ludovic Paris a été engagé en 2017 à un poste de chef de culture. À 41 ans, il manage deux équipes sur deux exploitations du Tarn-et-Garonne : « J’ai appris sur le terrain, je me suis formé aussi pour y arriver. Et mon patron m’a fait confiance. » Il témoigne.

« Au départ, j’ai postulé pour un poste de technicien. » Ludovic Paris travaille dans le milieu agricole depuis dix ans. « J’ai toujours eu des boulots de technicien. De par ma formation, je suis spécialisé dans les produits phytosanitaires, les maladies des ravageurs, etc. Et pour tout ce qui est agronomie, j’ai appris au fur et à mesure. Dans le poste que j’occupais avant, je gérais par ailleurs tout ce qui était irrigation. Bref, les compétences, je les ai beaucoup acquises sur le terrain. »

Pourtant quand il se présente au poste de technicien agricole proposé par l’EARL Silki, spécialisé dans les pommes et les kiwis à Montech, dans le Tarn-et-Garonne, Ludovic est recalé : « C’était drôle : j’ai passé des tests psycho lors de l’entretien qui m’ont révélé être trop qualifié, se souvient Ludovic. Ça m’a fait bizarre, c’était bien la première fois qu’on me disait trop qualifié, sourit-il. Alors mon recruteur, Didier Miollan, qui gère les exploitations du groupe Silki dans le Sud-Ouest, m’a proposé le poste de chef de culture ».

La confiance du patron

L’emploi qui lui est présenté inclut en outre le management d’une centaine de salariés : « La gestion du personnel, on ne peut pas dire que ce soit ce que je préfère. Surtout, pour le coup, je n’avais aucune expérience. Quand j’ai dû m’occuper d’équipes par le passé, je n’avais pas plus de dix personnes et toujours un patron au-dessus de moi. » Mais si Ludovic Paris s’interroge sur ses compétences au moment de l’entretien, son recruteur, manageur expérimenté, ne voit pas de problème. « Il m’a tout de suite fait confiance. Déjà, ça fait beaucoup de bien. Et il m’a dit que ce serait mieux que je suive une formation sur cet aspect du métier. »

« C’est une formation qui m’a conforté. »

Une formation en management

À 41 ans, Ludovic Paris gère ainsi deux exploitations depuis janvier 2017 : l’une est située à Montech, elle regroupe 120 ha de pommes et 34 ha de kiwis et l’autre, plus petite, est basée à Campsas, à 15 km, elle compte 19 ha de pommes. À la fin de 2017, il prend connaissance d’une formation en management organisée par le service de santé et de sécurité au travail de la MSA Midi-Pyrénées Nord. « J’en ai tout de suite parlé avec mon employeur. Pourtant, il faut être honnête, je n’en avais pas très envie. Disons que j’y allais un peu à reculons. Je suis plus un technicien. Mais dans le même temps, ça fait partie de mon travail. »

La formation s’est organisée sur deux journées, l’une en mars et l’autre en mai 2018, animées par des conseillers en prévention des risques professionnels. « J’ai été très agréablement surpris, parce que non seulement j’ai appris des choses, mais je me suis aussi rendu compte que j’en faisais très bien d’autres. C’est une formation qui m’a conforté. »

Avec une petite dizaine d’autres arboriculteurs, le chef de culture a pu partager ses expériences en matière de relations et de gestion humaines. « On n’était pas tous sur les mêmes tailles d’exploitation, mais c’était très intéressant de voir qu’on était confronté à des difficultés similaires. On était aidé et conseillé par des experts. Entre les deux journées, se sont écoulés deux mois. C’est un laps de temps qui nous a permis de mettre en pratique ce que l’on avait vu sur la première journée, puis d’échanger à nouveau. »

Faut-il autoriser la musique durant le travail ?

Ludovic Paris se souvient notamment d’une discussion sur la musique : « C’est une question qui semble bête. Mais faut-il autoriser les salariés à travailler en musique ? Certains exploitants avaient décidé d’interdire la musique, moi ce n’est pas le cas. Nous avons échangé ensemble et avec les experts. Au final, chaque exploitant a trouvé sa solution. Je continuerai de mon côté à l’autoriser. À partir du moment où j’ai quelque chose à dire aux salariés, et qu’il baisse la musique, ça me va. Et surtout, quand ils l’écoutent, je me rends compte qu’ils travaillent mieux, ils ne font pas la tête. Il ne faut pas non plus que ce soit une boîte de nuit… Mais surtout, ce que j’ai compris, pour tout sujet, il est important de s’adapter au groupe, voire à l’individu. Suivant le salarié que vous avez, vous ne pouvez pas lui demander la même chose : certains sont capables de prendre des initiatives, d’autres, il faut tout leur dire de A à Z. »

Comment gérer les conflits entre nationalités ?

Ludovic gère par ailleurs une équipe qui compte 95 % de travailleurs étrangers, de nationalités différentes. « Il y a des conflits. Et ça, c’est un point qui nous a beaucoup questionnés entre exploitants. Souvent, cela coince sur les exigences en matière d’hygiène qui sont différentes d’un pays à l’autre, ou sur la religion. Ça dépend des exploitations. Pour éviter les conflits, nous avons choisi, de notre côté, de les faire travailler par pays. Et de les loger aussi séparément. Parce qu’ils ne vivent comme ils ne travaillent pas de la même façon. Mais c’est plus une question de génération qu’une question de nationalité. C’est ce que nous avons tous observé. » Les nouvelles générations sont notamment plus compliquées à motiver, ajoute le chef de culture, qui s’appuie sur des chefs d’équipe pour faire passer les consignes.

Faut-il laisser les fourgons le week-end pour faire les courses ?

D’ici à deux ou trois ans, selon l’évolution du personnel, Ludovic Paris se dit prêt à suivre à nouveau une formation en management. « C’est important. Nous avons de plus en plus de mal à trouver de la main-d’œuvre et à la fidéliser. Nous proposons tous le même salaire. Ce qui fait la différence, ce sont les logements… Ou de laisser les fourgons le week-end pour faire les courses, ou encore les primes de rendement. Ça passe par des petites choses comme celles-ci. Nous nous en sommes bien rendu compte en échangeant. »

En accord avec son employeur, Ludovic a mis en place des primes au rendement et à la qualité. « Nous demandons au minimum, par personne, trois pallox sur 9 heures par jour. Au-delà de trois pallox, si la qualité est bonne, ils ont une prime de 10 euros net par pallox. Cela marche pour le moment, mais nous n’en sommes qu’au début. »

Le bon moment

Ludovic avait probablement les qualités pour devenir, en un an, chef de culture et manager. La formation l’y a aussi beaucoup aidé, insiste-t-il. Dans le même temps, il l’a concédé dès l’entretien d’embauche à son employeur. « Je lui ai dit que s’il m’avait proposé ce poste-là il y a cinq ans, je l’aurai refusé. Cela demande de la maturité. Il faut être prêt. »

Rosanne Aries
Une formation pour parvenir à gérer une équipe

À la suite d’une étude réalisée en 2017 auprès de 15 arboriculteurs et de cinquante salariés, la MSA Midi-Pyrénées Nord a mis en place une formation portant sur le management.

L’étude a permis d’identifier les leviers de bien-être au travail des salariés et des employeurs arboricoles. Ils concernent autant leur champ professionnel que leur sphère privée, comme le logement ou encore le soutien apporté dans les démarches personnelles. Les résultats de l’étude ont aussi mis en évidence l’impact de la relation employeur et salarié (permanent ou saisonnier) sur les risques psychosociaux et donné lieu à la construction d’une nouvelle formation dédiée aux arboriculteurs.

Se positionner en manager

Elle se déroule sur deux jours et est animée par des conseillers en prévention des risques professionnels. « La formation vise à approfondir les compétences en management des encadrants d’équipes de saisonniers, explique Mathilde Cahoreau-Viaud, une des intervenantes de la MSA Midi-Pyrénées Nord. Il est notamment question de motivation, de reconnaissance, de cadre de travail, de communication autour d’échanges de pratiques et de jeux de rôle avec, comme objectif cible, une meilleure qualité de vie au travail de tous les acteurs de l’entreprise, employeurs comme salariés. Enfin, à l’issue de la formation, un accompagnement individuel axé sur la question de la qualité de vie au travail est proposé aux participants.

La formation est entièrement prise en charge par la MSA Midi-Pyrénées Nord.

Imprimer Envoyer par mail

Calendrier La France Agricole Employeur


VOS
RENDEZ-VOUS
EMPLOI

Salon agricole de Montauban
Organisé par : la ville de Montauban et Pôle emploi

Salon Med’Agri (stand Apecita)
Organisé par : Chambre d'agriculture PACA

Espace emploi – Salon Agrimax
Organisé par : l’Apecita