La coopérative des Maîtres laitiers du Cotentin (MLC) a mené une enquête en 2018, auprès de ses éleveurs laitiers adhérents, concernant leurs besoins en main-d’œuvre. Or, d’après ses résultats, présentés le 21 janvier, au Dézert dans la Manche, recourir à un salarié s’impose de plus en plus sur les exploitations.

L’entraide, la main-d’œuvre familiale, la robotisation ne sont en effet pas des variables infiniment extensibles : elles ne peuvent plus à elles seules assumer l’immense besoin en main-d’œuvre actuel et à venir des éleveurs laitiers.

Le taux de renouvellement des agriculteurs est par ailleurs très insuffisant. « Le lait ne se fera pas tout seul, explique Christophe Levasseur, le président de MLC. La main-d’œuvre salariée est un passage obligé pour passer des caps ».

Recherche agents de troupeaux

Certaines cessations laitières trouvent d’ailleurs déjà leur origine dans les difficultés de recrutement. Les besoins actuels exprimés par les personnes interrogées – 200 au total ont répondu au questionnaire – concernent très majoritairement la partie relative à l’élevage, notamment la traite, les soins et l’alimentation. Des tâches que très majoritairement les éleveurs se disent prêts à déléguer. Les profils attendus par les entreprises actuellement sont ainsi principalement des agents de troupeau « ayant de grandes capacités d’autonomie et d’observation des animaux ». À moyen terme, les besoins seront également importants pour recruter de vrais chefs de troupeaux.

À la manière des chasseurs de tête

Mais, dans ce département où règne le « plein emploi » avec un taux de chômage inférieur à 6,8 % et moins de 4 % dans certains secteurs, les éleveurs font part de grandes difficultés à recruter. « Se disputer les bons profils d’un élevage à l’autre montre toutes ses limites. Aujourd’hui, il faut véritablement aller chercher des candidats là où ils sont, parmi les demandeurs d’emploi. Même lorsque des départements connaissent le plein emploi, il y a toujours 3, 4 ou 5 % de demandeurs. Ce sont ces personnes qu’il faut aller chercher, qu’elles soient du secteur ou d’ailleurs », commente Jérôme Volle, vice-président de la FNSEA en charge de l’emploi présent lors de la présentation des résultats de l’étude. Il devient ainsi nécessaire d’adopter des techniques proches de celles des chasseurs de têtes, en recrutant parmi les demandeurs d’emploi, des personnes issues de tous les secteurs d’activité et en les formant notamment grâce au dispositif CQP (certificat de qualification professionnelle).

La profession s’apprête à recruter trois promotions de demandeurs d’emploi « hors parcours ».

La coopérative avait d’ailleurs adopté une politique de recrutement « hors secteur » originale pour recruter pas moins de 100 personnes en 2017 pour sa nouvelle usine de Méautis. Avec Pole Emploi, la laiterie avait en effet sélectionné parmi 700 profils une liste de candidats qui ont été formés en partenariat avec un lycée agricole avant d’être embauchés. C’est sur ce modèle que la profession est en train de recruter trois promotions (deux dans la Manche et une dans l’Orne) de demandeurs d’emploi « hors parcours », mais intéressées pour travailler en agriculture. Au terme d’une formation technique, les candidats devraient entrer directement dans des exploitations pour valider un CQP et apprendre ainsi les gestes justes en élevage.

Un plan d’attaque

L’emploi salarié dans les exploitations laitières est un facteur clé de pérennité et de développement. L’intérêt n’est pas seulement celui des entreprises elles-mêmes, mais aussi celui des territoires et des outils de transformation. Ceci justifie la mise en place d’actions collectives, estime la profession.

« La réunion du 21 janvier a permis de réunir tous les acteurs. Chacun a pu prendre conscience du déficit de main-d’œuvre dans les élevages laitiers, retrace Nadège Gautier, conseillère en emploi du groupement d’employeurs manchois « Terres d’emploi » qui est très impliqué sur ce dossier. Les acteurs doivent prochainement se rencontrer de nouveau pour compléter leur plan. Valorisation des métiers, construction des parcours de formation, fidélisation dans le secteur des personnes issues de formation agricole pour éviter de perdre des compétences… Nous avons encore un travail de fonds à mener sur ces sujets-là mais nous savons qu’il faudra aussi susciter des reconversions auprès de personnes extérieures au secteur. »

Alexis Dufumier