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Un salarié pour deux exploitations

L’éleveur Laurent Octeau et la céréalière et viticultrice Pascale Croc emploient en commun un salarié, Sébastien, depuis six ans. Ils passent par le groupement d’employeurs Cemes Emploi, basé en Charente-Maritime.

À son lancement, en 1999, le groupement d’employeurs Cemes Emploi, basé à Saujon, en Charente-Maritime, créait un poste de vacher, à temps complet, pour une trentaine d’adhérents. Depuis, les éleveurs, devenus minoritaires, y côtoient des viticulteurs et des céréaliers : le groupement réunit désormais 135 adhérents, de la Charente et du sud de la Charente-Maritime, et 14 salariés en CDI.

« Cela correspond à environ une vingtaine d’équivalents temps plein dans l’année, développe Frédéric Rouan, directeur de Cemes Emploi et de Cemes Cesam, le cercle d’échange à l’origine du groupement. Nous proposons des emplois de production agricole, mais nous avons aussi une secrétaire, un livreur de pain, un maçon… Et nous réfléchissons également à recruter des responsables qualité pour le secteur de la viticulture. »

Pallier les besoins temporaires en main-d’œuvre

Parmi les adhérents du groupement, Pascale Croc y fait appel depuis 2005. « Nous avons pris conscience que l’on ne pouvait plus continuer à travailler avec des personnes qui se relayaient sur la ferme. Une saison viticole, c’est huit mois dans l’année. Nous recrutions donc des CDD et nous passions notre temps à les former, c’était un investissement à court terme. »

À la tête de 120 ha en bio, dont 26 ha de vignes et le reste en grandes cultures, à Thézac en Charente-Maritime, Pascale Croc a débuté avec une collaboratrice. Quatre salariés travaillent aujourd’hui sur la ferme de l’Orée, dans les champs, dans la vigne mais aussi à l’atelier de transformation. Et Pascale est devenue la présidente de Cemes Emploi.

« Le groupement nous permet d’avoir quatre personnes aujourd’hui sur l’exploitation, mais pas durant toute l’année, précise son associé et époux, Gary Charré. Quand il y a des périodes intenses de travaux, nous disposons de toute l’équipe. »

Au sein du groupement d’employeurs depuis six ans, Laurent Octeau est éleveur de vaches allaitantes à La Vallée, dans la Charente-Maritime. En plus des 55 mères de son troupeau, il élève jusqu’à 220 animaux l’hiver et possède 125 ha de céréales et de prairie. « J’ai fait appel au groupement pour pallier un besoin de main-d’œuvre temporaire. J’ai un salarié, Sébastien, qui vient aujourd’hui sur la ferme deux jours par semaine. » Et le reste du temps, Sébastien travaille chez Pascale et Gary. À l’occasion, il travaille aussi sur deux autres exploitations, mais l’essentiel de son temps est effectué sur ces deux premières.

De gauche à droite : Gary Charré est associé sur la ferme de l’Orée à Pascale Croc, son épouse. Ils partagent un salarié avec Laurent Octeau. À leurs côtés, Frédéric Rouan est le directeur de Cemes Emploi. © R. Aries/ GFA

Chez Laurent, Sébastien travaille notamment dans les parcelles, il prépare les terrains pour les récoltes. Il peut aussi entretenir du matériel, manipuler des animaux, comme faire de la pesée ou encore nettoyer les stabulations. Chez Pascale et Gary, il s’occupe essentiellement des travaux de la vigne.

Se libérer de l’administratif

Le groupement d’employeurs Cemes Emploi gère pour Laurent Octeau et Pascale Croc, le recrutement, la rémunération des salariés et tout le volet administratif, fiscal et juridique. « Pour la communication sur le prélèvement à la source par exemple, c’est le groupement qui s’en est occupé, explique Pascale. Ne pas avoir géré la partie administrative, cela fait partie des choses appréciées et recherchées. »

Jamais seul face au salarié

Si les exploitants ont la responsabilité de l’encadrement au quotidien des salariés, la relation est bien tripartite : le groupement d’employeurs accompagne l’agriculteur en cas de problème avec le salarié. Il peut aussi intervenir pour l’aider à améliorer les conditions de travail sur son exploitation. « On n’est jamais seul, explique Laurent Octeau. S’il y a un souci, le groupement d’employeur nous aide à y faire face. »

Un paiement au prorata des heures utilisées

Les adhérents payent le groupement au prorata des heures utilisées. « Ils versent le coût du salarié et le coût de fonctionnement du groupement. C’est donc un peu plus cher que s’ils étaient seuls employeurs, Mais dans le même temps, la contrainte des fiches de paie, des arrêts de maladie, etc. n’existe pas », reprend Frédéric Rouan.

Pascale Croc et Gary Charré se sont posé récemment la question d’une embauche en direct. « Mais nous avons finalement écarté l’idée. Il faudrait vraiment que nous ayons un besoin à l’année, argumente Pascale. Et ça nous forcerait à reprendre la partie administrative. Nous n’y tenons pas du tout, vu la complexité. » Pour Laurent, c’est ce volet qui le rend rétif à tout recrutement direct : « Ne pas être mobilisé sur la partie relative à la paperasse permet de se concentrer sur son activité. »

Un planning adapté

La gestion se décide lors d’une réunion commune, organisée une fois par an entre les exploitations et le groupement d’employeurs. « Nous nous mettons d’accord sur la répartition hebdomadaire du temps de Sébastien, ses périodes de congés, les périodes de pointes également durant laquelle notre répartition va être différente, explique Laurent Octeau. Il y a des périodes dans l’année où Sébastien ne vient qu’une journée chez moi, au lieu de deux, et quatre jours chez Pascale pour faire la taille de la vigne en hiver par exemple. C’est la même chose au moment des vendanges. »

Il arrive aussi que Sébastien passe trois jours dans la semaine chez Laurent, au printemps lors des semis et des préparations des cultures. « Dès lors que des modifications surviennent par rapport au planning initial, nous communiquons par téléphone entre agriculteurs à la fin de la semaine ou dans le week-end. S’il n’y a pas d’appel, c’est que le planning établi est gardé », complète Pascale. Le groupement d’employeurs est aussi prévenu en cas de changement. Chaque adhérent s’engage ainsi d’une année à l’autre sur un nombre d’heures. Et si l’engagement global n’est pas respecté « parce qu’il a fait 20 heures de plus chez moi ou chez Laurent, ce n’est pas un problème. Le volume global du salarié est toujours réalisé. Ce qui poserait un problème, c’est si le salarié n’était pas utilisé pendant quinze jours. » Ce qui n’est jamais le cas.

La priorité est donnée aux récoltes : les foins chez Laurent et les vendanges chez Pascale et Gary. Et depuis six ans, l’organisation n’a pas connu d’anicroches. Le secret tient probablement à ce que tout le monde, dès le départ, a fait en sorte de bien clarifier ses besoins en termes de travaux et en nombre d’heures.

Rosanne Aries

Le cercle d’échange Cemes Cesam et le groupement d’employeurs Cemes Emploi participent aux travaux du réseau Trame.

Des formations pour les salariés et les adhérents

Cemes Emploi met au point un parcours de formation pour ses salariés et les agriculteurs employeurs. « Nous nous sommes rendu compte qu’il y avait un besoin des adhérents en matière d’accueil des salariés sur les fermes, et également un besoin des salariés d’augmenter leurs compétences, explique son directeur, Frédéric Rouan. L’idée pour les salariés, c’est aussi d’avoir un socle commun de compétences. Et pour les adhérents, un socle commun d’outils pour bien accompagner un salarié ».

« C’est un métier à revaloriser »

« L’agriculture ne peut plus se contenter de personnes qui viennent de manière très ponctuelle, ou alors par défaut, reprend Pascale Croc. C’est un métier à revaloriser. Donc, non seulement il faut que les salariés clarifient leur projet, rentrent dans des parcours de formation pour acquérir des compétences, mais aussi que nous, adhérents agriculteurs, nous devenions de bons accueillants au travail, de bons managers d’équipe, pour pouvoir avoir des projets les plus clairs et les mieux compris possible.

C’est encore nouveau en agriculture de se former pour accompagner humainement des salariés. Ça n’est pas une évidence pour tout le monde, mais il est nécessaire de se former toute sa vie, sur le plan technique comme relationnel. »

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