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« Le licenciement n’est pas une fatalité »

Lors des épisodes de grippe aviaire de 2016 et 2017, les quatre associés de la ferme Darrigade, à Soustons, dans les Landes, ont dû réorganiser provisoirement le travail sur leur exploitation, et recourir au chômage partiel.

« Nous voulions nous séparer de personne ! Un licenciement n’est pas envisageable : nous sommes quatre jeunes associés de moins de quarante ans ou tout juste… Ça n’est pas dans notre mentalité », soutient Thomas Delest, 38 ans, installé depuis 2004 sur la ferme Darrigade, à Soustons, dans les Landes. « Le licenciement ne pouvait être une solution, renchérit sa sœur, Mélanie Delest, 33 ans, associée depuis 2016 sur l’exploitation. Chaque salarié est trop important pour nous. Nous voulions trouver une alternative. »

Les Landes avec une touche d’exotisme

La ferme Darrigade s’illustre depuis cinq générations dans la famille Delest. Productrice de maïs semence sur 120 hectares, d’asperges sur 25 ha et de carottes sur 4 ha, elle élève, abat et transforme sur place 5 500 canards par an. Sa notoriété s’est aussi bâtie sur sa pointe d’exotisme : la ferme est la seule en France à cultiver six hectares de cacahuètes. Sa situation géographique lui apporte également une exposition idéale : confit, foie gras, magret, graisseron, pâté… tout est vendu à la ferme. « Nous bénéficions du tourisme de la côte, développe Thomas. Les éleveurs de canards, basés dans les terres, doivent se rapprocher du littoral pour les vendre. Nous, nous sommes sur place. »

Située sur le bord de la route départementale qui mène de l’autoroute à la plage, l’exploitation se voit de loin, les panneaux lumineux bordeaux et jaune qui reprennent l’image du grand-père gemmeur, Robert, alertent de toute façon les plus distraits. Les producteurs alentours l’ont d’ailleurs bien compris puisqu’ils confient la vente de leurs produits (vin, miel…) à la boutique de la ferme.

Quatre associés complémentaires

Malgré toutes ces bonnes dispositions, les quatre associés ont vu rouge en 2016 et 2017. Et c’est à l’occasion d’une première année 2018, plus sereine, qu’ils acceptent de revenir sur ces deux épisodes difficiles de grippe aviaire.

« Cela a été dur moralement, mais on a tenu », raconte Thomas. Face à la difficulté, leur force est tout d’abord venue du collectif : quatre associés et cinq salariés qui, s’ils sont tous affectés à des postes précis, sont capables de s’adapter à d’autres tâches. Aux côtés de Thomas qui s’occupe du maïs semence et des cacahuètes, Mélanie est en charge de la vente, la communication et l’administratif. Le cousin de 44 ans, Laurent Delest, installé depuis 2004, assure la production des asperges, et Cyril Coigneau, hors cadre familial, âgé de 43 ans, associé depuis 2007, est responsable de la conserverie.

« Nous gavons les canards chacun notre tour. Et l’hiver, quand je suis moins pris, poursuit Thomas, j’aide à la conserverie. L’été, chacun a aussi un secteur d’arrosage pour les maïs ou les asperges. » Tous habitent dans un rayon de moins de 5 km.

Cinq salariés polyvalents

L’équipe est complétée par cinq salariés. Âgé de 32 ans, l’Équatorien Carlos a signé son CDI en avril 2016, il est responsable du personnel spécialisé dans les asperges. Paul, de quatre ans son cadet, a été engagé en mars 2016, il travaille avec Thomas sur le maïs semence. Sacha, un ancien cuisinier de 42 ans, assure l’essentiel de ses journées à la conserverie. Il a été embauché en 2016. À 63 ans, Jo est aussi affectée à la conserverie. Elle travaille depuis 2010 pour la ferme Darrigade.

L’équipe de la Ferme Darrigade. En haut : Thomas Delest. En-dessous : Laurent Delest. De gauche à droite : Carlos, Sacha, Cyril Coigneau, Julia, Mélanie Delest. Et en bas : Jo et Paul. © R. Aries/GFA

« À partir de 2004, nous avons transformé nos canards dans une conserverie de Saint-Lon-les-Mines, à 30 km d’ici, décrit Thomas. En 2010, alors que les propriétaires partaient à la retraite, nous avons repris la conserverie. Jo y travaillait depuis longtemps. Elle a sans aucun doute été une salariée essentielle lors de la transmission. En 2015, nous avons déplacé la conserverie à Soustons et elle nous a suivis. » Elle prendra sa retraite à la fin de 2019. À ses côtés, Julia, âgée de 30 ans, a été engagée le 1er septembre 2018 à la conserverie. L’objectif est qu’elle remplace progressivement Jo.

Enfin, l’équipe ne saurait être complète sans les anciens : les trois frères Delest, Pierre, Daniel et Alain, désormais à la retraite, ne sont jamais très loin : « Ils sont de bons conseils, souligne Thomas. Leur présence est importante pour nous. Ils nous laissent complètement faire. Lors des crises, ça fait beaucoup de bien d’être soutenu. »

Hiver 2015-2016 : aucun canard touché

« Nous avons vu la grippe aviaire qui se rapprochait de plus en plus de la côte. Les canards des élevages étaient tués au fur et à mesure. Pour stopper la maladie, les autorités ont alors décidé d’arrêter les naissances dans tout le grand Sud-Ouest, se souvient Thomas. Tout le monde, même les éleveurs qui n’étaient pas touchés, a donc été impacté. Heureusement, nous avons pu anticiper en augmentant notre nombre de canards avant le vide sanitaire. Il est survenu au printemps et à l’été, ça a été long ! » Et la crise est tombée d’autant plus mal que la conserverie venait d’être construite à Soustons. Si aucun canard n’a été abattu à la ferme durant cet épisode, s’est posée la question de l’organisation du travail durant ces mois sans activité.

« Sacha venait d’être embauché, et évidemment, il était très inquiet, nous l’étions aussi. C’était compliqué. Mais comme il est très polyvalent, il a aidé à la récolte des asperges et à d’autres tâches. Il s’occupait du transport, de la logistique… Nous sommes parvenus à le faire travailler à d’autres postes. Dans ces moments-là, on se dit que, heureusement, notre activité est diversifiée. On se rend compte à quel point c’est important. »

En revanche, Jo a dû être mise au chômage technique. « En mars et en avril, on a pu lui confier d’autres activités sur la conserverie, reprend Mélanie. Elle a ensuite pris ses congés, qu’on a prolongés en chômage technique. » Jo est revenue en septembre 2016 sur la ferme.

« Il n’y a pas eu de souci avec Jo, parce qu’elle s’y attendait. Elle travaille uniquement à la conserverie, nous ne pouvions l’affecter à d’autres tâches. On avait envie aussi de l’épargner. Nous avons donc monté son dossier ensemble de chômage partiel. »

Hiver 2016-2017 : des canards abattus

« On ne pensait pas que ça allait recommencer la deuxième année. Mais, malgré tous les efforts réalisés par la filière, la grippe aviaire est revenue. Malheureusement, à 10 km de la ferme, des poulets ont attrapé le virus. Quinze jours après, ils sont venus abattre les canards chez nous. Nous avons été pris de court et ça a été très dur moralement de subir la crise une deuxième année consécutive. »

Sacha a de nouveau permuté sur les cultures durant la crise, tandis que Jo, après quelques semaines de vacances, a été mise en chômage partiel. « La première année, le dossier avait été compliqué à monter. Nous l’avions fait seuls. Mais pour ce second épisode, j’ai été accompagné par notre cabinet comptable Exco Fudiciaire du Sud-Ouest, membre d’AgirAgri. Comme, entre-temps, nous avions embauché trois nouveaux salariés, nous nous sommes rapprochés du pôle social du cabinet. On se rend compte alors de toute l’importance de se faire conseiller : ça a été un grand soulagement de ne pas avoir géré cette paperasse un peu compliquée. »

Cette année, la grippe aviaire n’a pas sévi. Et la ferme Darrigade a tellement de travail à la conserverie que les quatre associés envisagent d’engager une personne supplémentaire. « On verra… complète Thomas. Ce qui est certain, c’est que, quoi qu’il arrive, nous ferons toujours tout pour éviter un licenciement. Et le chômage partiel a été la solution la plus opportune pour nous face à ces deux crises, précisément pour ne pas nous séparer de quelqu’un. »

Rosanne Aries
La mise en activité partielle en deux étapes
Céline Pouységur, chargée de développement à Exco Fiduciaire du Sud-Ouest. © Rosanne Aries/GFA

En cas de baisse temporaire de l’activité sur l’exploitation, Céline Pouységur, chargée de développement à Exco Fiduciaire du Sud-Ouest, fait le point sur la marche à suivre.

L’intérêt de l’activité partielle

La vie économique de l’exploitation peut diminuer pour diverses raisons : conjoncture économique, crise sanitaire, intempéries, et autres circonstances exceptionnelles. L’exploitation a la possibilité de recourir à la mise en activité partielle. Par exemple, lors de la grippe aviaire, des exploitations d’élevage de canards ont demandé la mise en activité partielle de leur exploitation.

Pour le salarié, elle va se traduire par la réduction de son activité ou une suspension de son activité si l’exploitation devait fermer temporairement. L’employeur peut percevoir l’allocation d’activité partielle dans la limite de 1 000 heures par an et par salarié.

Le salarié perçoit sur la période, 70 % de sa rémunération brute horaire (ou 100 % de la rémunération nette horaire s’il est en formation pendant les heures chômées). C’est l’employeur qui continue à payer son salarié. L’employeur se fait rembourser par l’ASP sur la base de 7,74 €/heure chômée.

Les démarches

1. Il est nécessaire d’abord de faire une demande d’autorisation d’activité partielle sur un site internet spécifique, auprès de la Direccte. Un dossier est à compléter (renseignements sur l’entreprise et ses salariés, motifs de recours à l’activité partielle…).

2. Une fois l’accord obtenu, l’employeur doit s’inscrire auprès de l’ASP pour les demandes mensuelles de remboursement. Tous les mois de la période d’activité partielle, l’employeur devra faire la demande l’allocation auprès de l’ASP.

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