« Lorsque Charline, 17 ans et lycéenne dans un établissement agricole voisin, nous a appelés pour un stage, nous avons pris le temps d’y réfléchir », avoue Anaïs, salariée de l’exploitation dont son mari, Romain, est le gérant. Les époux ont lancé il y a un an et demi un projet de diversification : fabriquer des crèmes glacées, à partir du lait de leurs vaches de race prim’holstein. Ils produisent 520 000 litres par an.

Magasins de producteurs, dépôt-vente à la ferme, participation aux événements locaux et une production à assurer, parfois de 7h00 à 20h00 : les jeunes mariés, qui travaillent en duo avec un associé, le père de Romain, et un salarié, ont bien du mal à s’accorder du temps. Alors s’occuper d’une stagiaire… D’autant qu’ils ne l’ont jamais fait.

Faciliter son immersion

Ils ont toutefois fait le choix d’accueillir Charline : « Lors de mon cursus scolaire, la recherche de stages s’est avérée compliquée, se souvient Romain, âgé de 27 ans, installé depuis sept ans sur la ferme familiale. J’étais content de trouver une exploitation pour me recevoir. »

Romain est associé depuis sept ans à son père, Xavier sur l’exploitation familiale de Brécy-Brières, dans les Ardennes. © DR

« Le stage de Charline étant obligatoire, poursuit-il. Notre risque était de nous retrouver face un jeune qui n’était pas motivé. Mais nous avons tout de suite senti qu’elle était curieuse et passionnée par les animaux ; pourtant, Charline ne vient pas du milieu agricole. » Pour faciliter son immersion dans la vie de la ferme, Charline est hébergée par le couple. Cela lui permet de découvrir et de participer aux différentes activités de l’exploitation, parfois matinales. « Je veux absolument me sentir utile et pas uniquement observer », explique-t-elle.

« Elle réalise des tâches simples qui, “mises bout à bout, représentent un temps précieux”. »

S’organiser autrement

Les deux associés et les deux salariés de l’exploitation ont pris à tour de rôle Charline sous leur aile, ce qui a facilité l’organisation. Anaïs, âgée de 28 ans, lui a rapidement fait confiance dans l’atelier de transformation. « J’ai remarqué que Charline était réceptive : je n’ai pas besoin de lui répéter les choses deux fois, son plan de travail dans le laboratoire est toujours impeccable. Elle contribue à notre activité et permet de me dégager du temps, notamment pour que je m’occupe de l’administratif. » Charline réalise des tâches simples mais qui, « mises bout à bout, représentent un temps précieux dans une journée ».

Ouvrir les portes de la ferme

La présence d’une jeune stagiaire sur une exploitation bouscule les habitudes et permet de prendre du recul. « Sa curiosité donne de l’intérêt à ce que nous faisons, j’ai le sentiment que cela nous valorise. C’est aussi l’occasion de transmettre des valeurs qui nous sont chères, telles que la rigueur et le goût du travail bien fait », reconnaît Anaïs.

Anaïs a rejoint Romain sur la ferme il y a un an et demi, lors de la mise en place de l’atelier de transformation. © DR

Une formation qui se poursuit

Charline termine son stage aujourd’hui et repart avec un chèque, alors que ça ne leur était pas imposé : « C’est pour la remercier de son travail. C’est un très bon élément, ajoute Romain, nous pensons lui proposer un contrat saisonnier l’été prochain. »

Il est à noter que l’embauche d’un mineur est strictement encadrée par la loi. Son temps de travail quotidien est de 8 heures au maximum et ne peut être supérieur à 35 heures par semaine, sauf dérogations.

Bertille Quantinet